logo Winckler’s Webzine
Le site personnel de Martin Winckler
logo

 Sommaire | Edito | In italiano | Courriers et contributions | Contraception et gynécologie | Radio et télévision | Lectures | Mes Bouquins | Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... | WebTV | Être un(e) adulte autiste...
Recherche


L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

Voir aussi :

Littérature
- Soutenons les libraires
- Les Cahiers Marcoeur - Un roman complet inédit en 54 épisodes
- "Spectacle Permanent"
- Les médecins de ma vie
- Station debout
- Quel homme du XVIIIème siècle fut inventeur, homme d’état, diplomate, imprimeur et homme de presse, philosophe, météorologiste et humoriste ?
- Que s’est-il passé le 18 Septembre 1931 ? (Histoire de Tchang Tchong-Jen)
- Combien y a-t-il de versions des dix commandements ?
- Qui a peur de réformer l’orthographe ?
- Les Médecins et le Crime

Politique et citoyenneté
- L’usage de la parole - politique du « Winckler’s Webzine »
- Si cet enfant avait été entendu, la face du monde aurait été changée !
- Plaidoyer pour une autre radiologie
- L’avenir menaçant de l’industrie pharmaceutique
- Sélection des étudiants en médecine : comparaison entre France et Québec
- Quand l’éducation nationale fabrique des handicapés…
- "Ce n’est pas le DIU qui perfore, c’est le médecin !" (et certains médecins mériteraient un procès...)
- Réflexion sur l’euthanasie en France : de Jacques Ricot au Comité national d’Ethique
- Violence en « prime time »
- Les hommes et les femmes : des sites et des réflexions

Radio et télévision > Odyssée >


Faut-il croire tout ce qui est écrit dans « Le Monde.fr » ?
19 novembre 2002
Article du 30 septembre 2004

Bonjour à tous les amateurs de nouvelles fiables

Le 12 novembre dernier, une auditrice de France Inter, attirait mon attention sur un un article assez surprenant du Monde.fr, le site web du quotidien Le Monde, intitulé « Al-Quaïda influencé par la science-fiction ? » S’appuyant sur un autre article, paru dans le journal britannique The Guardian, un journaliste du Monde.fr rapporte qu’un critique russe, Dimitri Gusev, soupçonne l’écrivain de science-fiction Isaac Asimov d’avoir inspiré Al-Quaïda et Ben Laden.

Pour preuve, Dimitri Gusev avance que l’expression « Al-Quaïda » signifie Fondation, titre du plus célèbre roman de l’écrivain. Pour Gusev, le héros de Fondation, Hari Seldon, savant et prophète, crée une nouvelle religion qui prédit la fin imminente d’un Empire décadent, miné par la corruption et l’inefficacité. Le journaliste du Monde.fr conclut son inquiétant compte-rendu en écrivant très sérieusement (je cite) : Si la théorie [de Dimitri Gusev] était avérée, l’ouvrage donnerait des indices prophétiques effrayants : après sa mort, Hari Seldon continue en effet de guider ses successeurs vers le bon chemin à l’aide de cassettes vidéo...

J’ai cherché la moindre trace d’humour, d’ironie ou de galéjade dans cet article, mais je n’en ai trouvé aucune. Penser que l’un des écrivains les plus respectés de la planète a peut-être inspiré Oussama Ben Laden est évidemment ridicule. Excellent conteur, brillant scientifique et libre penseur , Asimov était aussi pacifiste que le Mahatmah Gandhi. Son héros, Hari Seldon, n’est pas un gourou mais un savant qui prédit les évolutions sociales au moyen de modèles mathématiques et rejette tout acte de violence. Enfin, est-il extraordinaire, dans un roman de science-fiction des années 50, qu’un personnage transmette ses théories via des messages enregistrés ?

L’article du Monde.fr, pourtant, laisse entendre que tout cela est très troublant. Pourquoi ? Parce qu’il ne résume pas TOUT l’article du Guardian dont il s’inspire. Eh oui, avant de rédiger cette chronique, je suis allé le lire, l’article en question. Contrairement à son collègue du Monde.fr, le journaliste du Guardian critique méthodiquement l’hypothèse de Gusev et rappelle que les écrivains de science-fiction ont régulièrement été soupçonnés d’inspirer des terroristes, car leurs oeuvres sont souvent de vives critiques sociales. Enfin, le Guardian donne plusieurs explications plausibles et beaucoup plus prosaïques au fait que le mouvement de Ben Laden s’appelle Al-Quaïda.

Bref, tout ce qui, dans l’article original remettait les choses à leur place, le journaliste du Monde.fr a omis de nous en informer. Il écrit en revanche, sans sourciller, qu’Asimov, qui vécut toute sa vie à New York, est un écrivain russe ! Parlant d’Asimov, l’article du Guardian utilise en effet l’expression Russian-born, qui signifie « né en Russie », et non le mot Russian, qui signifie « Russe ». Le rédacteur du Monde.fr aura mal lu... ou alors, il ne maîtrise pas très bien l’anglais.

Loin de moi l’idée de stigmatiser ce journaliste. On peut parfois écrire un mauvais article parce qu’on est fatigué ou pressé par le temps. Mais à l’heure où l’on fait campagne pour la liberté d’expression face aux grands monopoles de presse, il serait souhaitable que le plus grand quotidien national français résistât à la tentation de publier n’importe quoi (fût-ce sur son site internet). Les membres d’Al-Quaida lisent certainement Le Monde ou Le Monde.fr et, personnellement, je ne trouve pas très sain qu’ils prennent les journalistes français pour des incompétents, et leurs lecteurs pour de pauvres crétins.

« Al Quaida influencé par la science-fiction ? » Le Monde.fr, 12 novembre 2002

« War of the Worlds » par Giles Foden, The Guardian

* * *
Bonus !
La chronique que vous venez de lire, d’après ce que m’en a dit un rédacteur du Monde, a beaucoup ébranlé l’auteur de l’article originel, jeune journaliste qui avait, effectivement, lu un peu vite. Il devrait se consoler en sachant qu’il n’était pas le premier à interpréter un article anglo-saxon de travers. Le texte qui suit, signé Arno*, a été publié en juillet 2002 sur le site coopératif Uzine.net :

Un journaliste du Monde aurait (peut-être pas) retrouvé Ben Laden sur l’internet

Commander le premier volume d’Odyssée, une aventure radiophonique

IMPRIMER
Imprimer


RSS - Plan du site  - Site conçu avec SPIP  - Espace Privé