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"Les Cahiers Marcoeur", 43e épisode
Article du 16 septembre 2004

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LE DOSSIER VERT, 17

Premier colloque international Littérature et Médecine.
Sous la haute autorité de l’Université des Arts et des Lettres de Tourmens

Tourmens, le Clos des Lupins, 7 et 8 décembre 1994

(Pré - programme)

Jean Noguet : Céline et le cri du corps.
Laetitia Desormes : Tchékhov soignait sa femme.
Saul Laurentieff : Jean Reverzy, Raphaël Marcoeur, deux écritures de la souffrance.
Gérard Danou : Sigmund Freud, médecin et écrivain.
Jules-Gérard Derouergue : Schnitzler, La Ronde et la syphilis.
Jean Doubovetzky : De l’influence des Récits d’un jeune médecin de Mikhaïl Boulgakov sur l’attente du patient en clientèle de ville.
Peter L. Yuth : La clinique des émotions dans les Cahiers Marcoeur.
Bertrand Guermer : Ecrire ou soigner ? (sur Miguel Torga )
Jean-Loup Schmidt-Laing : Gottfried Benn, médecin maudit.
Andrès Garcia : Scatologie, fornication et joie de vivre dans le Quart Livre
Félix Bisturbed : L’évacuation (pastiche médico-mécanique en trois volets).
Clément Retourneux : Ségalen sur la tombe de Gauguin.
Octave Gibier : Lire Sonkin sans souffrance.
Masutashi Tawaïgoku : Na Kobo Abe ne mutsaramaso [1].
Raphaël Marcoeur : Luc Durtain, écrivain et médecin, 1881-1959 (Sept feuillets retrouvés le 4.10.1988 sur un banc de pierre du jardin des Vierges à Tourmens, lus par Jérôme Cinoche)

Contacts et inscriptions : L. Desormes, 723 Résidence St Jacques, Avenue Magne, Tourmens. Tél : $$ $$ $$ $$

LA CHEMISE ROUGE (suite)

(C) - Ne pas oublier d’intégrer :
- Le goût aigre de liquide gastrique dans la bouche
- Croisement avec E : sur le comitex, appelle un copain et le découvre en train de l’appeler lui aussi. Ils "parlent" de tout et de rien (le film de l’autre soir : - T’as regardé Sergent York ? - Non, j’ai dormi, et Johnny c’était comment la conférence ? ; le boulot : - J’ai du mal à écrire ! - Tiens, toi aussi ? , etc...) Au bout de vingt minutes de frappe frénétique, ils se rendent compte que l’un n’est pas le copain médecin, ni l’autre le copain journaliste avec qui chacun d’eux pensait correspondre. Ils se quittent tout confus, en regrettant, une fois la communication rompue, de n’avoir pas échangé leurs coordonnées - « Dommage, il était marrant, ce type... »
- Allusion à RM : Charly est parvenu (avec beaucoup de difficultés) à rédiger un texte à propos de Cinoche, en vue de l’émission. Ce texte contient les dix questions cruciales qu’il voudrait ne pas oublier de poser à Cinoche (faire la liste). Par délicatesse, et bien que ça ne se fasse pas, il décide de soumettre le texte à Cinoche, mais chez le susdit, personne ne répond à son coup de sonnette. Il hésite devant les boîtes aux lettres. Celle de Cinoche est pleine à craquer. Ces gens célèbres n’arrêtent pas de recevoir du courrier des quatre coins du monde. C. se dit que s’il y met sa lettre, elle risque de partir à la poubelle au milieu de prospectus et de journaux sans intérêt. Finalement, il glisse son papier (et un petit mot) sous la porte.

* * * * *

(C) - Il est en vacances. Il se lève tard. Il est seul. Hier soir, il a dîné chez Rachel et Sara. Il a failli rester, mais a préféré rentrer chez lui. Un peu plus tôt, Sara avait demandé qu’il vienne lui faire un bisou dans le lit avant d’éteindre. Elle lui a chuchoté dans l’oreille : « Pourquoi tu te maries pas avec Maman pour me faire un petit frère ou une petite s ?ur ? J’en ai marre d’être toute seule. » Il n’a pas trop su quoi répondre. (La réponse est sûrement dans le Séminaire de Psychanalyse d’Enfants de Françoise Dolto, mais il n’a pas encore lu le dernier volume).

Ça l’a fait gamberger tout le reste de la soirée. Rachel et lui, ils ont passé la soirée assis dans le canapé, enlacés, à parler de tout et de rien, d’eux, du boulot de Charly à la radio et de celui de Rachel à la Mairie. Elle lui a raconté comment elles l’ont ramené chez lui la nuit précédente, il faisait de grands gestes mais ne disait plus un mot. Il donnait le sentiment de leur faire de grands discours, il ouvrait des yeux hallucinés mais aucun son ne sortait de sa bouche. Elles ne sont parties qu’une fois qu’il a été couché et profondément endormi. Elle avoue qu’elle n’était pas tranquille.

Elle voulait lui en dire plus mais il l’a fait taire en l’embrassant fougueusement, et ça a dégénéré. Cette fois-ci, il ne s’est pas endormi. Encore une fois elle lui a demandé pourquoi il ne voulait pas rester. Etant donné ce que lui avait dit Sara, il n’a pas resservi son excuse habituelle. Il a juste dit qu’il préférait. Il se sent ainsi plus loyal à l’égard d’Eliane et Lucie, si tant est que le fait d’être l’amant de trois femmes (ou presque) soit compatible avec la notion de loyauté. Il n’a pas dit qu’il veut pouvoir tourner seul dans son appartement, bricoler, traîner, y faire ce qu’il veut. Qu’il a peur de perdre ses petits privilèges de célibataire...

Quand il a passé la porte vers deux heures du matin, Rachel était au bord des larmes, et elle a refermé derrière lui sèchement, sans attendre qu’il soit entré dans l’ascenseur. En rentrant à pied chez lui, il vit sur l’autre rive de la Tourmente, dans l’immeuble en face, il s’est traité de con de rentrer dormir chez lui alors qu’une femme superbe, qui l’aime et qu’il aime, ne demande pas mieux que de l’accueillir à demeure dans ses bras et dans sa vie, sans pour autant menacer de le bouffer tout cru. En entrant dans l’appartement, il a baissé les bras devant le désordre laissé le matin.

Il s’est maudit. Il a appelé Rachel, mais elle avait branché son répondeur. Il n’a pas laissé de message. Il a ouvert une boîte de mélange sucré salé, s’est versé un jus de tomate et a sucé consciencieusement son comprimé de décidine. Puis il s’est assis devant la télévision et s’est endormi devant un téléfilm sirupeux en bouffant ses cacahuètes. Il ne s’est arraché à son fauteuil que vers quatre heures et demie du matin. Il s’est couché tout habillé. Quand il se réveille, il a la gueule de bois.

* * * * *

(C ou(et ?) E) - Le Journal de Kafka est sur la table de la cuisine/sur le bord du bureau, sous une pile de magazines.

* * * * *

(C) - Gerrard l’appelle pour lui annoncer que grâce à son faux bulletin d’info, l’audience a triplé. « On a rattrapé le coup ». Il lui propose de faire un faux bulletin tous les jours, juste après le vrai. Charly dit non, il veut faire un bulletin à la place du vrai, un bulletin dont les infos seront soit vraies soit fausses, et il faudra que les auditeurs fassent le tri. Evidemment, Gerrard refuse. Les auditeurs sont trop cons, il faut leur expliquer. Charly l’envoie au diable.

* * * * *

(C) - Lire écrire conter, émission de Marie-Françoise Parr (la décrire, une blonde à chignon et grandes lunettes, toujours en tailleur strict, maquillée sobrement.) programmée le mardi soir sur Canal 9 (ou TNTV ? - Vérifier). L’émission, qui dure exactement 90 minutes (la productrice tient absolument à ce qu’on puisse enregistrer deux émissions sur une cassette vidéo de trois heures, ou la bande-son sur une cassette audio de 90 minutes ; à cet effet elle ménage toujours une pause musicale à mi-diffusion pour que les auditeurs puissent retourner leur cassette) est diffusée à 21h00.

Le principe de l’émission est simple : M.F. Parr reçoit des lettres de lecteurs, désireux de lui communiquer leur intérêt pour un livre, un auteur, une collection, une oeuvre, voire le travail d’un éditeur ou d’un libraire. Elle invite ces lecteurs sur son plateau et leur fait rencontrer et interroger un ou deux écrivains, parfois un éditeur ou un directeur de collection, et parler des livres qu’ils ont publié récemment, de la politique de l’édition, etc... Les invités sont amenés à raconter après avoir lu, puis écrit - d’où le titre de l’émission. M.F. Parr se fait un point d’honneur de ne pas lire les livres dont il doit être question avant l’émission, de manière à réagir en candide et à les interroger le plus spontanément possible.

L’originalité de l’émission est que le programme est donné trois semaines ou un mois à l’avance, pour permettre à ceux qui le veulent de lire les livres avant l’émission et de poser des questions par comitex. L’émission fait vendre les livres avant diffusion, autant qu’après. Pendant l’émission, la productrice-animatrice est presque toujours cadrée de trois-quart dos pendant qu’elle interroge les invités, rarement de face, sauf pendant la présentation et au moment de rendre l’antenne. La caméra montre le plus souvent deux ou trois personnes à la fois, de manière à donner du mouvement aux discussions. Les gros plans sont exceptionnels.

En principe, Charly ne devrait pas se rendre sur le plateau de Lire, écrire, conter à l’occasion de la sortie des Cahiers Marcoeur. Son éditeur s’oppose gentiment à ce que les auteurs maison fassent la claque des livres maison quand il ne s’agit pas des leurs. Charly publie sous pseudonyme (lui en trouver un !) aux éditions du Saule, afin que son statut de journaliste ne parasite pas son activité d’écrivain, ni le regard qu’on peut poser sur ses livres. Il n’est lui-même jamais apparu à la télévision pour présenter ses propres livres. Comme il ne fréquente pas beaucoup les milieux littéraires, le secret est facile à garder.

Etant donné la récurrence des histoires médicales dans ses livres, tout le monde pense qu’il est médecin, ce qui le satisfait pleinement. M.F. Parr ne sait pas que Charly écrit des romans. C’est le journaliste qu’elle invite. Saul Laurentieff, qui connaît la passion authentique de Charly pour Cinoche, ne s’est pas opposé à ce que Charly s’y rende. Il a cependant fait promettre à Charly de ne pas écrire lui-même d’article sur les Cahiers. Tout heureux de pouvoir aller parler de son idole devant des milliers de personnes, Charly a promis.

* * * * *

(C) - Il rédige une petite annonce.
Vous êtes un miraculé.
Vous êtes tombé du 12ème sans vous casser en morceaux. Vous avez reçu une enclume sur le crâne et elle a rebondi. Vous avez fait trois tonneaux et vos pneus sont intacts. Lors de l’incendie d’une tour de 77 étages, vous êtes sorti de l’ascenseur sans que vos semelles aient fondu. Vous avez le chic pour poser le pied quelque part cinq minutes avant un tremblement de terre et le plaisir de pouvoir le raconter ensuite. Vos expériences (volontaires ou non, uniques ou multiples) m’intéressent.
Ecrivez-moi. Racontez-moi ce qui vous a passé par la tête entre le moment où vous avez entendu l’autobus et celui où vous vous êtes retrouvé intact, le nez sous son pot d’échappement. Ecrire au journal, qui transmettra.

* * * * *

(C) - Il jette sur le papier l’argument d’un spot publicitaire destiné à la prévention des maladies sexuellement transmissibles. Quand Rachel le lit, elle dit que ça ne marchera pas.
- Pourquoi ? demande Charly.
- Trop explicite, répond Rachel. On sent que l’auteur sait de quoi il parle !

* * * * *

(C) - Il jette sur le papier l’argument d’un film, à développer avec un de ses amis cinéastes. C’est l’histoire d’un type ("Armand") qui n’arrête pas de regarder la femme qui vit dans l’appartement exactement en face, au 7ème. Il essaie d’imaginer ce qu’elle fait, il la regarde étendre son linge, se coiffer dans la salle de bains, s’accouder à sa fenêtre, repeindre son plafond, etc. Elle arbore toujours des vêtements différents. Le film est une succession de sketches illustrant les fantasmes d’Armand, fantasmes au cours desquels la fille prend tour à tour les rôles de vendeuse dans un magasin de lingerie, coiffeuse, caissière de cinéma, décoratrice, infirmière, barwoman, boulangère, pompiste, etc... mais, quand Armand veut l’approcher, ça tourne à la catastrophe.

A la fin, revenu sur terre, il découvre qu’elle est comédienne à la semaine : elle joue les utilités dans un ces feuilletons quotidiens tournés à raison de deux épisodes par jour, et ne travaille jamais la nuit, car tout est tourné en studio. Comme elle n’en finit pas de figurer dans des histoires d’amour dégoulinantes - on s’ingénie à lui donner des rôles de midinette pleurnicharde -, elle en a marre des hommes et ne sort jamais le soir. Ce qui fait qu’Armand la trouve toujours chez elle en rentrant de son travail. Armand, lui, est ingénieur du son dans le studio où elle tourne, il mixe la bande-son des feuilletons.Sans le savoir, il connaît la voix de sa voisine d’en face mais, comme on lui fait presque toujours porter une perruque blonde, il ne la reconnaît pas lorsqu’il la croise dans les couloirs.

Charly n’a pas encore beaucoup fouillé son scénario. Depuis qu’il en a tracé les grandes lignes, son principal travail a consisté à réfuter l’un après l’autre les acteurs pressentis pour les deux rôles principaux. Comme le réalisateur est un de ses amis et le projet encore au stade préliminaire, ça ne pose pas vraiment de gros problèmes. Mais il ne peut s’empêcher de se voir interpréter le rôle principal avec Rachel pour partenaire. Ça le trouble un peu.

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[1Traduction simultanée en français, anglais, italien, allemand, portugais et espagnol.


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