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Contraception et gynécologie >


IVG : Philippe Douste-Blazy devrait réviser ses connaissances
Article du 24 juillet 2004

PARIS (AFP) - Les femmes pourront bientôt choisir d’avorter par voie médicamenteuse sur prescription d’un médecin de ville, hors hôpital ou clinique, en vertu d’un arrêté signé vendredi par Philippe Douste-Blazy, qui a répondu à une demande insistante des associations de défense du droit à l’IVG. (mais pas des gynécologues français, comme nous l’avons indiqué sur ce site)

La lecture du communiqué de l’AFP et des déclarations de Philippe Douste-Blazy laissent cependant rêveur...

AFP :
Cette pratique nouvelle pourrait à terme concerner quelque 50.000 IVG. En 2002, le ministère de la Santé a dénombré 217.968 IVG, dont 34,8% par voie médicamenteuse. " (...) Cette IVG, exclusivement réalisée par voie médicamenteuse - la prise de Mifégyne (mifépristone) - et jusqu’à la fin de la cinquième semaine de grossesse (7 semaines d’aménorrhée [1]), pourra être prescrite par un médecin ayant passé une convention avec un hôpital public ou privé.

Les patientes seront dans l’obligation d’absorber un comprimé de Mifégyne (ou mifépristone, ex RU-486) en présence de leur médecin ou gynécologue : 48 heures après, elles devront prendre deux comprimés de Gymiso [Note : une substance de la famille des prostaglandines], qui facilite l’expulsion de l’oeuf. L’expulsion peut se produire jusqu’à trois jours après l’absorption de Gymiso. L’IVG médicamenteuse hors hôpital est prévue par la loi Aubry du 4 juillet 2001, réformant la loi Veil de 1975, qui allonge de la 10e à la 12e semaine de grossesse la période de recours à l’avortement traditionnel à l’hôpital ou en clinique.

Jusque là, rien à dire. Il est en effet tout à fait louable d’autoriser enfin les femmes qui le désirent, lorsque c’est possible (au-delà de 7 semaines d’aménorrhée, l’association RU-486 + prostaglandine ne marche pas) à interrompre leur grossesse chez elle, sous la forme d’une " fausse couche provoquée ", au lieu de subir une aspiration à l’hôpital.

Cependant, cette méthode ne convient pas à toutes les femmes. Actuellement, celles qui y ont recours sont accueillies à l’hôpital, dans le service d’IVG, 48 heures après la prise de RU 486 et y restent pendant 3 à 4 heures après la prise de la prostaglandine ; pour la plupart, l’expulsion a lieu pendant ces 3 ou 4 heures.

La nouvelle réglementation leur permettra de recevoir les médicaments de la main d’un médecin de ville : ça simplifiera beaucoup les choses pour les femmes qui vivent loin d’un centre d’IVG. Néanmoins, ça peut n’être pas très rassurant ni pratique pour certaines femmes, selon leur mode de vie : faire une " fausse couche provoquée par médicament " chez soi, ce n’est pas forcément très facile quand on a déjà trois enfants qui galopent partout, ou quand au contraire on vit toute seule.

L’IVG " ambulatoire " reste une option bienvenue pour certaines femmes, ça ne remplacera pas l’IVG par aspiration, ni même complètement l’IVG par RU486 à l’hôpital. Il est bon de le rappeler. De plus, il faut que les médecins de ville soient formés au suivi des femmes qui y auront recours. Mais encore une fois, il est évidemment très heureux que les femmes puissent enfin disposer de cette possibilité supplémentaire.

Les paroles de M. Douste Blazy rapportées par l’AFP laissent cependant rêveur. Il déclare en effet :

"Quand vous subissez un avortement chirurgical, c’est un drame, et vous prenez un risque pour faire d’autres enfants", tandis que l’IVG médicamenteuse serait, selon le ministre, quelque chose de non-traumatisant, ça permet de sauver l’avenir de la fécondité d’une femme et ça permet d’être encadré médicalement (...).

Je ne sais quelle était la spécialité de Philippe Douste-Blazy (sa notice biographique sur le site du Ministère de la Santé ne le précise pas) mais il semble totalement ignorer que l’IVG " chirurgicale " actuellement pratiquée en France n’a pas d’effet sur la fécondité ultérieure des femmes.

Cette méthode par aspiration (ou méthode Karmann) consiste à aspirer l’embryon d’une femme enceinte au moyen d’un tube creux en polyéthylène, et non à " cureter " (comme les chirurgiens le faisaient clandestinement avant la loi Veil) en " grattant " avec des instruments la paroi utérine, ce qui pouvait, effectivement provoquer des lésions, favoriser une infection de l’utérus et entrainer des cicatrices (" synéchies ") qui pouvaient menacer la fécondité.

A noter qu’en France, certaines équipes continuent à pratiquer un curetage après aspiration, tandis que d’autres pratiquent seulement l’aspiration, avec le même résultat. On ne voit donc pas l’intérêt de pratiquer le curetage qui, manifestement, n’a aucun intérêt. Ceci n’est qu’une des nombreuses manifestations de l’incohérence et de l’hétérogénéité de toutes pratiques médicales en France, mais tant que l’enseignement de la médecine sera confisqué par des grands patrons plus préoccupés de leur carrière que du bien de la population...

La méthode Karmann, pratiquée en France clandestinement depuis bien avant 1975 par les membres du MLAC en particulier et depuis 1975, légalement, dans tous les centres publics, est utilisée ailleurs depuis les années 60, précisément parce qu’elle n’est pas traumatisante et parce que ses complications (saignement à l’intérieur de l’utérus, qui amène parfois à pratiquer une nouvelle aspiration une heure ou deux après la première) sont rares et sans conséquence.

Par conséquent, lorsque Monsieur Douste-Blazy déclare " Quand vous subissez un avortement chirurgical, c’est un drame, et vous prenez un risque pour faire d’autres enfants ", c’est une affirmation anti-scientifique. Ce risque est considérablement inférieur à celui d’un avortement clandestin, et quand on sait qu’il y a eu plusieurs dizaines de milliers d’IVG en France chaque année depuis trente ans il n’est pas difficile d’imaginer que nombre de femmes françaises ont mené des grossesse à bien après avoir subi une IVG. Si les IVG par aspiration rendaient stériles, la natalité aurait considérablement chuté depuis 1975 et la fréquence des stérilités tubaires aurait, elle, considérablement augmenté, ce que les gynécologues n’auraient pas manqué de faire remarquer. Or, ce n’est pas le cas.

Quant au fait que l’IVG soit un " drame ", on ne voit pas en quoi ce drame serait par magie annulé par le recours à la mifépristone. Avorter est pénible pour la plupart des femmes ; par expérience, je peux dire que presque toutes celes qui en subissent une sont le plus souvent très affectées, et particulièrement quand un médecin en est responsable et leur fait porter à elles seules la culpabilité d’une grossesse non désirée et interrompue ; et cela, quelle que soit la méthode.

Quand PDB déclare que " la méthode médicamenteuse est non traumatisante" on peut lui rétorquer qu’une fausse couche, provoquée ou non parles médicaments, ça n’est pas une partie de plaisir ; quand il dit que cette méthode "permet [à la femme]d’être encadrée ", ça ne sera vrai que si les médecins de ville sont formés à le faire. Et la méthode par aspiration, qui a lieu à l’hôpital, permet elle aussi à la femme d’être encadrée. Certaines femmes, d’ailleurs, la préfèrent parce que leur IVG est terminée en quelques heures, tandis que la méthode médicamenteuse nécessite d’aller consulter deux fois en 48 heures.

Enfin, on aura beau se réjouir que la mifépristone soit enfin accessible aux femmes sans les obliger à aller à l’hôpital, ça ne change pas le fond du problème : beaucoup d’IVG en France pourraient être évitées. Cela, PDB n’en a pas parlé. C’était pourtant l’occasion ou jamais. ON me répondra qu’il a parlé de l’IVG médicamenteuse en aparté au cours d’une conférence sur le plan canicule, mais s’il était renseigné par ses conseillers, il saurait que le taux d’IVG n’est jamais aussi fort qu’au retour des vacances d’été. Ce n’était donc pas un problème hors saison.

Aux Pays-Bas, où les délais pour pratiquer une IVG sont les plus longs au monde (26 semaines de grossesse !), le taux d’IVG pour 100 000 habitants le plus faible au monde. Pourquoi ? Parce que les méthodes contraceptives y sont largement promues, dès l’adolescence, et parce que plus de 90 % des femmes de 20 ans disposent d’une contraception efficace qu’elles ont choisie et qui leur est délivré à très bas prix.

Si notre Ministre de la Santé savait que les Pays-Bas sont bien meilleurs que nous en ce domaine, il aurait certainement à coeur que le nombre d’IVG annuel baisse ; il lui "suffirait" alors de promouvoir largement la contraception et de lutter contre les idées reçues. Mais en France, où trop de médecins, gynécologues en tête, rejettent l’utilisation du DIU chez les femmes sans enfant, renâclent à proposer des implants et persistent à prescrire la dernière pilule en date après le passage des " visiteurs " pharmaceutiques, on en est très loin. D’autant plus que les étudiants en médecine reçoivent en tout et pour tout... deux heures d’information sur la contraception pendant toutes leurs études. La sexualité, le confort des femmes, la prévention des IVG, ça n’intéresse pas les facultés de médecine... ni le Ministère de la Santé.

Pour être crédible, notre actuel ministre de la santé ferait bien de se tenir à jour de ses connaissances et d’avoir une vision plus large des problèmes de la population. Mais ses déclarations et ses décisions me semblent faire preuve d’une vision très rudimentaire, très archaïque et très statique de la santé des femmes en France.

Martin Winckler

Liens à consulter :
- Sur l’avortement par mifépristone (Mifégyne)
- Sur la baisse considérable des complications des avortements depuis l’introduction de la loi sur l’IVG, et sur leur sécurité, lire le rapport remis par le Pr Israël Nisand à Martine Aubry en 1999
- Sur la contraception


[1C’est à dire : depuis le 1er jour des denières règles observées par la femme

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