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Contraception et gynécologie > DIU ("stérilet") >

Edito
En matière de contraception, certains médecins français sont vraiment des salopards (*)
par Martin Winckler
Article du 20 décembre 2004


Le vendredi 23 juillet 2004, une femme entre au centre de planification public où j’exerce. Je la vois pour la première fois. Elle vient se faire poser un DIU [1]. Je vois sur son dossier qu’elle a subi plusieurs IVG au cours des 15 années écoulées. La dernière remonte à 6 semaines. Ce n’est pas une femme jeune, elle a une quarantaine d’années. Elle m’a l’air très affectée par cette dernière intervention...


(A ce sujet, lire mes réflexions à propos du décret signé par Philippe Douste-Blazy au sujet de l’IVG médicamenteuse)


(*) voir note 3 en fin d’article.



Je lui demande si on lui avait déjà proposé de lui poser un DIU auparavant. Elle me répond que juste avant sa dernière IVG en date, elle en avait un mais qu’on le lui avait enlevé. Je m’étonne : " Vous ne le supportiez pas bien ? " Elle répond : " Si, mais la date de le changer était arrivée et le médecin me l’a enlevé. Et il m’a donné un rendez-vous pour en remettre un autre un mois plus tard. Seulement, un mois plus tard, j’étais enceinte. "

- Il aurait pu vous poser un nouveau DIU le jour même...
- Je n’en avais pas apporté d’autre.
- Mais il pouvait vous laisser votre DIU en attendant que vous en achetiez un autre. On n’est jamais à trois mois près pour changer un DIU.
- Il ne me l’a pas dit. Il me l’a enlevé et m’a dit " Revenez dans un mois pour que je vous pose le suivant ".
- Il ne vous a pas prescrit d’autre méthode de contraception entre temps ?
- Non, il m’a dit de " faire attention ". Un point, c’est tout.

L’état des connaissances scientifiques internationales en matière de DIU peut être consulté par tout un chacun/chacune sur cette page. Sur l’histoire qui précède, en tant que médecin, je ferai simplement les commentaires suivants :

- en dehors du Nova T (qui ne devrait plus être posé en raison de sa moindre fiabilité, et qui ne l’est plus dans la plupart des pays du monde... sauf en France !) les DIU au cuivre peuvent être laissés en place bien au-delà des 3 à 5 ans inscrits sur la notice ; (probablement 6 ou 8 ans). En effet, le cuivre (qui est l’élément contraceptif) reste efficace pendant de nombreuses années.

- Le TT380, DIU de référence dans le monde, est agréé pour être laissé en place 13 ans (treize ans) par la très pointilleuse Food and Drugs Administration américaine. De plus, moins on touche à un DIU, mieux c’est pour la femme. Pourtant, la plupart des gynécologues français semblent l’ignorer [2] et changent les DIU tous les 3 à 5 ans sans raison, alors que rien ne le justifie, ce qui alourdit le coût d’une des méthodes de contraception les plus fiables et les moins coûteuses.

- quand une femme veut faire remplacer son DIU, le médecin PEUT et DOIT (sauf infection gynécologique en cours) enlever l’ancien et poser le nouveau le même jour, pratiquement en un seul geste. Il n’y a aucune raison valable d’attendre un mois entre le retrait de l’un et la pose du suivant. Si on n’a pas de DIU disponible, on peut parfaitement attendre un mois de plus ;

- quand un médecin retire un DIU (ou fait interrompre n’importe quelle contraception) à une femme il PEUT et il DOIT lui prescrire une autre méthode fiable et sans danger (et il y en a bien d’autres) et s’assurer ainsi que la femme ne sera pas enceinte si elle ne le désire pas ; s’il n’en propose pas, la femme est en droit de le lui demander ; s’il refuse de lui prescrire une contraception aussi fiable que le DIU, il est en tort : c’est un refus de soin, et ce refus de soin est interdit ;

- enfin, le code de déontologie médicale stipule :
Article 11
Tout médecin doit entretenir et perfectionner ses connaissances ; il doit prendre toutes dispositions nécessaires pour participer à des actions de formation continue.
Tout médecin participe à l’évaluation des pratiques professionnelles.


Article 35
Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. Tout au long de la maladie, il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur compréhension.

En tant que citoyen, mes commentaires sont les suivants :

Je n’ai pas de raison de penser que les choses se sont passées autrement que de la manière dont cette femme me l’a décrit, car j’entends souvent des histoires de ce genre, et j’en lis encore plus dans les courriers qu’on m’envoie sur ce site. Et le médecin dont cette femme a été victime n’est pas un cas isolé ou exceptionnel.

A l’heure actuelle, plus de 60 % des femmes utilisant une méthode de contraception recourent à une pilule contraceptive, méthode certes très efficace mais contraignante, coûteuse et source de nombreuses erreurs. Une enquête récente a ainsi montré qu’il y a deux fois plus d’échecs de pilule que d’échecs de DIU.

Pourtant, nombreux sont les médecins qui n’accordent aucune attention à la situation des femmes, qui ignorent leurs conditions de vie, qui ne réfléchissent pas avant d’interrompre une pilule, qui ne pensent pas que les femmes ont une vie sexuelle, qu’elles peuvent avoir un peu de mal à en parler, et qu’il n’est pas inutile d’aborder le sujet de la contraception spontanément avec elles.

Nombreux sont les médecins qui ne proposent jamais d’alternative à la pilule et refusent par exemple un DIU aux femmes qui n’ont pas d’enfant (ce qui est scientifiquement et médicalement injustifié) ou refusent de poser un implant contraceptif sous prétexte qu’on n’a pas assez de recul alors que la contraception par implant existe, ailleurs qu’en France, depuis au moins 15 ans.

Note : Depuis décembre 2004, les recommandations officielles de l’ANAES précisent que le DIU n’est pas réservé aux femmes ayant des enfants. Il est souhaitable que toutes les femmes consultant un médecin pour leur contraception téléchargent ces recommandations et les fassent lire à leur(s) médecin(s).

Nombreux sont les médecins français ignorants des possibilités contraceptives existantes, qui ne les proposent pas aux femmes, qui les terrorisent avec des interdictions ineptes, ou qui les empêchent, purement et simplement, d’y avoir accès. Comment ? Tout simplement en ne les prescrivant pas. Car aucune femme ne peut se procurer une pilule, un DIU ou un implant si un médecin ne le leur prescrit et ne le leur pose pas.
Par conséquent, en matière de contraception, les femmes sont, de fait, des otages dépendantes du "bon vouloir" et des connaissances incertaines de leur médecin.

En 2000, le Bulletin du Conseil national de l’Ordre des Médecins donnait les chiffres suivants :
- En 1998, la France comptait 6 634 gynécologues, dont 1 898 gynécologues médicaux. La grande majorité de ces derniers (93 %) exerce dans le secteur libéral ; la moitié est constituée de femmes. D’après les prévisions des services ministériels, environ 6 000 gynécologues obstétriciens et gynécologues-médicaux exerceront en 2010.
- 40 % des femmes, en France, ne consultent jamais de gynécologues.

Or, les généralistes ne sont pas bien formés à la gynécologie, et encore moins quand il s’agit d’entendre les femmes parler de contraception et de sexualité. (Oui, quand on parle contraception, on parle forcément de sexualité...)

En 2002, le rapport de la commission sénatoriale qui étudiait les modifications de la loi sur l’IVG révélait que d’après une enquête réalisée en 2001 par la SOFRES pour Sida Info service, les principaux canaux d’information des jeunes de 15-24 ans en matière de sexualité sont les pairs (amis, frères et soeurs pour 65 % d’entre eux), loin devant les médias (45 % pour la télévision, 36 % pour la presse écrite, 19 % pour la radio) et très loin devant les médecins, qui précédent eux-mêmes les parents (26 %).

Qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, qu’il s’agisse de gynécologues ou de généralistes, que ce soit par incompétence ou par désintérêt, les médecins qui maintiennent les citoyennes dans la dépendance à l’égard des moyens de contraception ou leur interdisent d’y accéder ont les mêmes caractéristiques.
- 1° ils ne cherchent aucunement à mettre leurs connaissances à jour pour le bien des patientes qui se confient à eux ;
- 2° ils sont déloyaux ;
- 3° ils n’ont aucune bienveillance à l’égard des femmes qui les consultent.

Ces médecins incompétents et insensibles sont donc, je le maintiens, médicalement et moralement responsables des grossesses non désirées (et donc, des IVG) de leurs patientes, tout comme ils seraient responsables des maladies s’ils refusaient ou omettaient de vacciner leurs patients.

Ces médecins-là ne sont pas des soignants, ni même des citoyens ou des professionnels ; ce sont des salopards. [3]

Martin Winckler

Commentaire d’un lecteur médecin :

Et si, tout bêtement, le médecin « salopard » voulait se faire payer 2 actes au lieu de l’unique qu’il demanderait s’il enlevait l’ancien et mettait le neuf à la place le même jour ? Bien entendu, il est inconvenant d’évoquer un tel soupçon de mercantilisme !

Et puisque la femme doit se procurer une ordonnance pour obtenir son DIU de la part du pharmacien, on va bien lui faire payer une consultation, il serait contre-productif de mettre à disposition gratuitement des ordonnances toutes prêtes pour aller acheter son DIU comme on va se procurer ses produits en vue d’un examen radiologique (au moins pour les patients qu’on connaît ?).

Tout cela c’est la manière de profiter de sa clientèle, il y a des confrères qui font beaucoup d’actes gratuits et d’envois postaux, et d’autres qui facturent le moindre C et le moindre K. Cette dernière attitude découle en ligne directe de la sous-tarification et des actes manuels et des actes intellectuels. Elle est ancienne et ne s’améliore pas. Merci Douste !

JLR


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Consulter les autres rubriques de ce site consacrées à la contraception


Lire mes réflexions à propos du décret signé par Philippe Douste-Blazy au sujet de l’IVG médicamenteuse



[1Dispositif intra-utérin, très mal-nommé " stérilet ", car c’est contraceptif, ça ne rend pas stérile et j’aimerais bien savoir qui est le crétin qui a proposé et imposé ce terme...

[2les généralistes aussi, mais comme on ne leur a jamais appris à poser les DIU en fac, s’ils n’ont pas appris tout seuls, ils n’y touchent pas...

[3Note : A l’origine, j’avais écrit "Sales cons", et non "salopards". Une lectrice m’a fait remarquer que le terme adéquat serait plutôt "sales bites". J’ai convenu qu’il était inadéquat de parler des innommables en question en utilisant un mot qui désigne aussi (comme par hasard...) le sexe féminin. J’ai pensé aussi à "sales têtes de noeud", mais finalement, pourquoi insulter le sexe masculin en général, il y a heureusement des hommes qui ne sont pas des crétins. Alors j’ai opté pour "Salopards". C’est aussi précis, mais sans équivoque ni sexisme aucun.

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