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Souvenirs, souvenirs
"À quoi reconnaît-on un bon enseignant ?"
Chronique faite sur France Inter en 2002
Article du 8 juillet 2004

Allez, maintenant qu’ils sont en vacances, on va pouvoir parler des enseignants... Voici une chronique faite sur France Inter mais non reprise dans Odyssée, une aventure radiophonique. J’espère qu’on pourra la publier un de ces jours, avec les autres, dans un second volume.
MW


... Je me suis posé la question l’autre jour, en entendant un adolescent vitupérer après l’un de ses profs. J’ai commencé par lui dire que les profs sont des gens comme les autres, qu’ils ont leurs bons et leurs mauvais jours, comme tout le monde. Et que l’enseignement en 2002, ce n’est pas forcément de la tarte.

On manque d’enseignants, parce que l’état se contente de compter chichement ses sous pour doter un nombre de postes minimum répartis sans tenir compte des réalités de tel ou tel lycée ou collège, sans tenir compte de la démographie année par année, sans tenir compte de l’évolution des générations. Et puis, la carrière d’un enseignant est semée d’obstacles : pas de formation à la pédagogie appliquée - personne n’apprend aux jeunes profs ce qu’il faut faire quand ils ont six mômes difficiles dans une classe de quarante.

Les débutants commencent rarement leur carrière dans un environnement facilitant - on les parachute à peu près n’importe où et parfois sur plusieurs postes à la fois. Ils se retrouvent régulièrement avec les classes les plus difficiles dans les établissements les plus défavorisés alors que ce devrait être, en toute bonne logique, la tâche d’enseignants chevronnés, rémunérés en conséquence. Le salaire des enseignants d’ailleurs, n’est pas du tout proportionnel au travail effectué. Compte-t-on les heures passées à préparer les cours en dehors de l’établissement ?

Non. Et le pire, c’est que lorsqu’un titulaire est paresseux ou incompétent, pas moyen de le secouer ni de le virer. Tandis que l’enseignant qui se démène pour ses élèves, n’est jamais explicitement gratifié par le système. Et quand un enseignant passe le CAPES puis l’agrégation, on augmente son salaire mais on réduit sa charge de cours. Est-ce bien logique ? Qu’il soit payé plus, d’accord, mais s’il est plus diplômé que les autres - donc, plus capable - pourquoi travaille-t-il moins ? J’aimerais bien qu’on me l’explique...

Enfin, tout ça ne nous dit pas ce qu’est un bon enseignant. À vrai dire, je n’ai pas de réponse toute faite, juste des souvenirs.

Je me souviens de mon instituteur de CM2, Monsieur Berthier. Je l’aimais beaucoup parce que, contrairement à des instits que j’avais eu avant, il ne m’a jamais humilié et parce qu’il était juste.

Je me souviens de ma prof d’Espagnol de la quatrième à la terminale, Madame Séguy ! Quel tempérament elle avait ! Et qu’est-ce que j’ai aimé lire et traduire Lorca avec elle ! (Note : Elle m’a écrit, après avoir entendu cette chronique ; mais quand j’ai voulu lui répondre, j’avais égaré son adresse - mon bureau est perpétuellement en désordre.... Si quelqu’un sait où elle habite merci de m’écrire à : martinwinckler@free.fr)

Je me souviens de mon prof de Français de Première, Monsieur Monticelli. En me voyant ouvrir mon journal intime, à la fin d’une dissertation en classe, il m’a demandé depuis quand j’écrivais. Je l’aurais embrassé.

Je me souviens de Monsieur Bonneau mon prof de Maths de terminale. Il aimait les Maths et il aimait les enfants. Avec lui, j’ai aimé les Maths.

Je me souviens de Monsieur Vargues, mon prof de bactériologie à la faculté de médecine de Tours. En guise d’épreuve de fin d’année, il nous a fait tirer au sort des sketches à rédiger. Avec mon copain Serge, on a tiré : « Dans un salon du Club, un Gentil Organisateur décrit à trois gentils membres les maladies qu’ils peuvent rencontrer en Asie du sud-est, en Amérique du Sud et en Afrique équatoriale ». On s’est beaucoup marré en écrivant le sketch, et je peux encore vous le réciter.

Je me souviens aussi d’Yves Lanson, mon maître bien-aimé. Quand je lui ai proposé de consacrer ma thèse à ses consultations, il m’a dit : « C’est une idée épatante » Après la soutenance, il a ajouté : « Grâce à toi, je ne vais plus voir mes patients de la même manière. » C’étaient tous de bons enseignants. Et quand j’y pense ils avaient un point commun : quand on entrait dans la classe ou la salle de cours, je les voyait sourire. Ils étaient heureux d’être là. Et du coup, moi aussi, j’étais heureux.

C’est peut-être à ça qu’on reconnaît un bon enseignant. Au plaisir.

Marc Zaffran/Martin Winckler

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