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"Les Cahiers Marcoeur", 24e épisode
Article du 11 juillet 2004

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LE DOSSIER VERT, 8

QUESTIONNAIRE POUR DES HOMMES ORDINAIRES [1]

* Quelle est la longueur de votre verge ? A vide ? En marche ?

* Etes-vous circoncis ?
- Si oui, considérez-vous cette particularité comme un désavantage sexuel ? Comme un avantage ? Dites pourquoi (en cinq lignes maximum).
- Si non, connaissez-vous des hommes qui le soient ? Les avez-vous rencontrés : dans les douches après un match ? au cinéma dans un film ? chez des amis ? dans votre lit ?

* Avez-vous une montre ? Combien de fois la regardez-vous dans l’heure ? (approximativement)
- moins de 5 fois
- de 5 à 10 fois
- de 10 à 20 fois
- plus de 20 fois.

* Classez par ordre de préférence les moyens de transport suivants : automobile - motocyclette - métro - patins à roulettes - autobus urbain - train à grande vitesse - planche à voile - planeur - avion bimoteur - lit à deux places.

* Avez-vous déjà cassé votre moteur sur l’autoroute ?
- Si oui, avez-vous tenté d’arrêter un autre automobiliste pour lui demander de l’aide ?
- Si non, vous êtes-vous déjà arrêté spontanément pour aider un homme en difficulté au bord de l’autoroute ? une femme ? Avez-vous ensuite imaginé que vous la ramèneriez chez vous, ou qu’elle vous inviterait chez elle ? Et l’homme ?

* Quand vous croisez une femme, que regardez-vous d’abord ? (une seule réponse) : Sa bouche - ses yeux - ses cheveux - ses jambes - ses mains - sa poitrine - le creux derrière les genoux - la forme de ses fesses - si elle porte une chaîne à la cheville - son sac à main.

* Lors de votre premier coït avec une femme, avez-vous :
a) pensé : « C’est donc ça » ; « Ce n’est donc que ça » ; « Quelle pute ! » (variante possible : « Quelle salope ! ») ; « Merde » ?
b) dit : « Eh merde ! » ; « Aaah ! » ; « Oooh ! » ; « Aïe ! » ; « Maman ! » ?
c) éprouvé les sensations suivantes : une grande fatigue ; une grande tristesse ; une profonde surprise ; un curieux malaise ; un goût amer dans la bouche ; un désir de meurtre ; une envie de vomir ; une envie de pleurer ?

Pensez-vous que le souvenir de cette première expérience :
- disparaîtra complètement de votre mémoire ?
- se bonifiera avec l’âge ?
- se mêlera à d’autres souvenirs ?

Vous souvenez-vous du nom de cette femme et de la raison pour laquelle elle a accepté de coucher avec vous ? Si c’était à refaire, croyez-vous qu’elle recommencerait ? Et vous ?

* Et votre premier coït avec un homme (mêmes questions que ci-dessus) ? Si l’expérience n’est pas déjà faite, qu’est-ce qui vous a retenu jusqu’ici ?

* Avez-vous des enfants ? Les touchez-vous ? Quelle partie de leur petit corps préférez-vous caresser : le ventre, la tête, les fesses, les joues ? Vous arrive-t-il de vous promener tout nu devant votre petite fille ? Qu’est-ce qu’elle en dit ? Vous souvenez-vous avoir été blotti dans les bras de votre père ?

* Avez-vous déjà reniflé l’odeur d’un autre homme ? A quel endroit ? Dans la rue en le croisant ? dans un ascenseur ? dans une voiture ? pendant un match de boxe ? dans des toilettes publiques ? dans le lit d’une de vos maîtresses le jour où elle n’avait pas changé les draps ?

* Choisissez, dans chacune des listes ci-dessous, le terme évoquant le mieux votre compagne actuelle.
A) Elle est belle ; elle baise bien ; je la baise bien ; c’est une très bonne mère ; elle a du courage ; elle parle beaucoup ; elle me parle beaucoup ; elle m’emmerde tout le temps ; j’aime l’avoir à mon bras quand je sors ; j’aime l’avoir à mes pieds quand je rentre ; je n’aime pas lui faire de la peine ; elle est folle de moi ; je ne pense pas qu’elle tienne à ce que je lui dise tout ; ma mère ne la supporte pas.
B) Elle adore : les voyages sous les tropiques ; faire la grasse matinée le dimanche ; lire un bon polar ; faire la cuisine ; se taper une migraine ; votre frère.
C) Elle a horreur : des hommes sales ; des hommes en pantoufles ; des hommes nus ; des hommes ivres ; des hommes de ménage ; des hommes-sandwich ; des hommes.

* Avec combien de femmes avez-vous déjà eu des rapports sexuels ? De 0 à 5. Entre 5 et 10. De 10 à 15. Plus de 15.

A quand remonte votre dernier coït ? Deux semaines. Trois jours. La nuit dernière. Il y a cinq minutes.

Quand escomptez-vous avoir le prochain ? Avec qui ?

* Si tous les hommes étaient frères, laisseriez-vous votre fille en épouser un ?

* Avez-vous mal au dos quand vous restez trop longtemps au lit ? Vos pieds vous font-ils mal quand vous vous mettez debout ? Vous arrachez-vous la peau lorsque vous vous rasez ? Vous lavez-vous les fesses en revenant des toilettes ?

* Avez-vous déjà été malade ? Quand ? Avez-vous consulté un médecin qui ne soit pas un copain ? Avez-vous payé ? Avez-vous pris l’ordonnance ? la porte ? les médicaments ? une bonne assurance-vie ? Au bénéfice de qui ?

* Quand avez-vous cassé la gueule à quelqu’un pour la dernière fois ? Quand avez-vous eu envie de casser la gueule à quelqu’un pour la dernière fois ? L’avez-vous fait ?

S’agissait-il : d’un flic ? d’un supérieur hiérarchique ? d’un type qui reluquait votre compagne ? d’un petit con qui attendait votre fille à la sortie du lycée ? d’un abruti qui venait d’effleurer le pare-choc de votre voiture en faisant son créneau ? de votre voisin de palier ? de votre fils ?

* Laquelle de ces substances vous excite le plus :
- le sperme
- le sang
- le lait
- la sueur
- la salive
- les larmes
- l’huile d’amandes douces.

* Vous retrouvez une femme avec l’intention de passer la nuit chez elle (une seule réponse) :
- vous changez de sous-vêtements
- vous mettez une fleur à votre boutonnière
- vous videz votre portefeuille
- vous achetez une boîte de douze préservatifs
- vous emportez de quoi lire.

* Dans votre agenda, qu’est-ce qui permet d’identifier vos maîtresses actuelles ? les femmes qui le furent ? les femmes qui le seront ? Combien de temps gardez-vous leur adresse ? Vous souvenez-vous encore de leur visage ?

* Quel animal vous semble le plus affectueux ? Le chat ; le chien ; le perroquet ; le chimpanzé ; la jument.

* Votre travail vous apporte-t-il des satisfactions ? Si oui, comment se fait-il qu’on vous entende toujours râler ? Si non, comment se fait-il que vous ne râliez pas plus ?

* Dans votre situation professionnelle, que changeriez-vous d’abord : Votre salaire ? votre temps de présence au bureau ? la gueule de votre chef de bureau (de rayon, de service, d’équipe) ? votre secrétaire ? votre papier à en-tête ? vos heures de rendez-vous ?

* On vous demande de donner un nom à un parfum très coûteux, très lourd, très entêtant. Vous le nommez : Nuit du Gange ? Vent d’été ? Marais Noir ? Alien ? Encore ?

* On vous demande de donner un nom à une eau de toilette pour homme, très virile, très corsée, 100% Robusta. Vous la baptisez : Trouble dans les Andains ? Jaws ? Compartiment Tueurs ? Blackmark ? Correspondant 17 ?

* Classez, par ordre de préférence, les tenues vestimentaires suivantes :
- peignoir de bain
- short à rayures
- string léopard (2 taches)
- combinaison de plongée
- kimono de soie
- pagne tressé
- suspensoir mauve.

* Soulignez les deux adjectifs qui vous paraissent le mieux correspondre à votre tempérament :
agressif
ambitieux
intelligent
tendre
plein d’humour
fort
juste
incorruptible
habile
courageux
vierge
direct
viril
solitaire
pieux
franc
disert
sobre

* Lequel de ces organes redoutez-vous de perdre ?
Une main ; le nez ; un sein ; une oreille ; un oeil ; une jambe ; l’estomac ; le larynx ; un poumon ; cinquante centimètres d’intestin ; un rein ; la vessie (avec abouchement des uretères à la peau) ? Lequel de ces organes accepteriez-vous de sacrifier de bon coeur ? (avant de répondre, ajoutez à cette liste les végétations et les amygdales)

* Si l’on vous en garantissait l’impact sur le choix du sexe de votre enfant à venir, accepteriez-vous de suivre un régime alimentaire ? pendant 6 mois, 3 mois, 15 jours ? Accepteriez-vous de changer de position ? de changer de partenaire ?

* Soulignez, dans chacune des listes suivantes, un (et un seul) attribut de la femme qui, rencontrée ce soir, serait à vous pour la vie.
1. Elle est : blonde ; brune ; rousse ; décolorée ; chauve.
2. Elle a : de gros seins ; de grosses fesses ; une grande bouche ; de grands yeux ; de grandes mains.
3. Elle porte : une robe de laine ; des jeans moulants ; un chemisier mauve ; une combinaison de cuir ; un boa.
4. Elle arbore : une alliance en diamants ; un double rang de perles ; des boucles d’oreilles en forme de crabe ; une barrette en écaille ; un camée.
5. Signes particuliers : porte des lunettes ; fume le cigare ; trimbale toujours dans son sac un cahier d’écolière ; lit Femme/Femmes ; tripote un trousseau de clé.
6. Elle doit être : vierge ; folle ; célibataire ; psychiatre ; mère de cinq enfants de 8 à 2 ans.
7. Elle se nomme : Solange ; Armelle ; Géraldine ; Sylvie ; Luciane.

* Aimez-vous qu’on vous caresse les testicules ?
Avez-vous déjà eu mal dans un testicule ? Avez-vous consulté un médecin ? Si non, pourquoi ? Si oui, que vous a-t-il trouvé ?

* Pour vous, le plaisir, c’est : un frisson sur la nuque ; un scotch avec deux glaçons ; tout Clint Eastwood en vidéocassettes ; baiser son pire ennemi ; partir.

* A quoi reconnaissez-vous qu’une femme, sous l’effet de vos expertes caresses, a éprouvé le plus flamboyant orgasme de sa vie génitale passée, présente et à venir ?
- elle pleure en vous appelant Papa ;
- elle vous enfonce ses ongles dans le dos, et ça saigne ;
- elle vibre des pieds à la tête ;
- elle reste sans voix ;
- elle s’endort ;
- elle ne se lève pas pour aller uriner.

* Vous avez un aveu à faire :
- vous l’enregistrez sur vidéo-cassette ;
- vous envoyez un fax à votre mère ;
- vous appelez SOS-Confession ;
- vous jetez une bouteille à l’encre ;
- vous torturez un inconnu pour qu’il avoue à votre place.

LA CHEMISE BLANCHE : EMMANUEL

Une coupure de Tourmens-Dimanche :

MYSTERIEUX ASSASSINAT A TOURMENS.

Samedi 19 février. Le corps affreusement mutilé d’une jeune femme d’une trentaine d’années a été retrouvé à son domicile ce matin en fin de matinée. Les circonstances de cet assassinat sont pour le moins obscures.

Les voisins de Mlle G., clerc de notaire auprès de Maître Leleux, ont eu ce matin vers cinq heures et demie la surprise de trouver grand ouverte la porte du domicile de la jeune femme, sis 221 bis rue Dusseix. Intrigué par la chose et par l’absence de lumière, Monsieur Duporcher, négociant en vins et liqueurs, qui chargeait son véhicule avant de partir pour les Halles, pénétra dans l’appartement après avoir vainement agité la sonnette. Lorsqu’il voulut entrer dans la chambre à coucher, Monsieur Duporcher constata que la porte de celle-ci était fermée à clé de l’intérieur. Craignant une intoxication au gaz, il prévint les gendarmes, les pompiers et les Urgences du Centre Hospitalier.

Les secours, arrivés rapidement sur les lieux durent enfoncer la porte et virent un spectacle bouleversant se présenter à leurs yeux. Le corps sans vie de Mlle G. gisait, bras en croix, sur le parquet de la chambre, complètement nu sous sa chemise de nuit. L’appartement n’avait pas été fouillé et la victime portait à son cou un superbe collier de perles d’une valeur inestimable. Le vol ne semble donc pas avoir été le mobile du crime. Il ne s’agit certainement pas d’un crime de sadique, bien que - selon les premières constatations des enquêteurs, la victime ait eu, peu avant son décès, des rapports sexuels. De plus, il n’a été mis en évidence ni trace de violence ni ecchymose sur le cadavre.

La position curieuse du corps (étendue sur le lit, le bras gauche replié sous la tête, le droit en travers de la poitrine, les traits calmes, les yeux clos), et la présence d’une minuscule fente pourpre sous le sein gauche, probablement due à une lame très fine et très effilée, semble orienter les enquêteurs vers l’hypothèse d’un crime d’amour (consulter à ce sujet notre numéro spécial de l’hiver dernier).

Cependant, la police se perd en conjectures quant aux circonstances de l’assassinat. En effet, la chambre était fermée de l’intérieur, la clé dans la serrure. La fenêtre et les volets métalliques étaient également clos. Le conduit de cheminée n’aurait pu laisser passer pas même un chimpanzé. Qui a tué cette jeune femme ? Pour quelle raison ? Sommes-nous devant un crime crapuleux, ou les circonstances étranges de cette mort inaugurent-elles une série de méfaits dont l’ignominie ne cèdera en rien à leur caractère troublant ? A l’heure où nous imprimons, le mystère demeure.

Manchette de Tourmens-Dimanche :
Une jeune femme assassinée par un visiteur nocturne. Sous titre : Mademoiselle G., cadre dans une entreprise de produits de beauté de notre ville, menait-elle une double vie ? Notre enquête en page $$$.

En médaillon, un portrait de la victime. (Une mauvaise photo de plage.) La jeune femme est assise sur le sable, elle rit la tête rejetée en arrière, ses longs cheveux blonds tombent en cascade. Une main est posée sur sa nuque. Il devait y avoir un homme à sa gauche, mais le cadrage l’a supprimé. Légende : Solange G. à vingt ans. Le bonheur perdu.

Une photo de la façade du 221 bis rue Dusseix, petite maison sans particularité, un petit mur portant des grilles, une porte surmontant deux marches. Attroupement devant l’entrée.

D’autres photos : Le voisin qui a découvert le crime. Le chat de la victime, retrouvé dans un terrain vague tout proche. (A-t-il vu l’assassin ? S’est-il enfui pendant que celui-ci commettait son horrible méfait ? Notre entretien exclusif page $$$). La chambre mystérieuse. Une collègue de Solange G., femme sèche et d’aspect désagréable, un sourire aigre aux lèvres. Légende : Josette Leblair nous confie : "C’était une femme très libre." Une seconde collègue, jeune femme aux lèvres très rouges aux cheveux tricolores. Légende : Maryvonne Duroy raconte : " C’était une nana formidable. Une fois, elle a collé une tarte à notre chef de service parce qu’il lui mettait la main où je pense et il a fait un ulcère ! "

Suit un long texte de seize feuillets dactylographiés. Le tout, photos et texte, est présenté dans une chemise cartonnée bleue portant, en lettres découpées comme sur une lettre anonyme, les mots : La mort en chambre.

* * * * *

Dolorès referme la chemise.
- Tu es gonflé de prendre les photos de famille pour illustrer ça.
- Ah, écoute, j’étais pressé, j’ai pris ce que j’avais sous la main.
- Pourquoi fais-tu ça ?
- C’est pour un copain. C’est un cadeau.
- Tu vas offrir ça à un copain ? demande Dolorès, incrédule.
- Oui. C’est un cadeau fait main. C’est un "private joke" entre nous.
- C’est qui, ce copain, je le connais ?
- Non, c’est un type que j’ai rencontré à La Rigueur.
- Ah...
- Qu’en penses-tu ? demande Manu, très content de lui. Avec les fausses coupures de journal que j’ai bricolées à l’ordinateur, ça fait tout à fait dossier d’enquête policière, hein ?
- C’est un peu sanglant, je trouve.
- Les assassinats, par définition... De toute manière, ce n’est qu’une ébauche, j’approfondirai plus tard.
- Oui, bien sûr, mais en ce moment, ce que tu écris est souvent un peu morbide. Et puis, les femmes y ont rarement le beau rôle.
Emmanuel braque de grands yeux sur Dolorès.
- Tu trouves ?

* * * * *

Depuis ses études, Emmanuel a toujours exercé la médecine à l’hôpital. Saisissant une série d’occasions inespérées (et non reproductibles), il est parvenu dès la fin de ses études à devenir l’attaché de plusieurs services de spécialité du Centre Hospitalier de Tourmens, au titre de "médecin généraliste itinérant"... Polypathologue mobile, si l’on veut. Lorsqu’au bout de dix ans de médecine hospitalière il voulut prendre une année sabbatique, il vit immédiatement qu’il ne pouvait pas cesser de travailler. Le salaire de Dolorès ne suffirait pas à nourrir la petite famille. Par ailleurs, la perspective de ne plus exercer son métier pendant près d’un an le souciait beaucoup, tant les progrès scientifiques sont rapides et les applications médicales d’apparition presque quotidienne. Lorsqu’il prit sa décision, il faisait partie, depuis dix-huit mois environ, du comité de rédaction de La Rigueur Médicale, revue professionnelle dont il avait été simple lecteur, puis pigiste, pour en devenir le traducteur attitré grâce à sa maîtrise de l’anglais. Apprenant qu’il allait se libérer de ses obligations hospitalières, son rédacteur en chef, Philippe Durozaire, l’invita un beau jour à déjeuner dans la capitale.

Durozaire était un adepte de la rentabilité bien gérée. Ancien militant actif de la Gauche Extrême Révolutionnaire Mao-Evangéliste, dans les années... - enfin, autrefois -, farouche défenseur de la médecine prolétarienne, médecin de quartier redouté pour sa bienveillance dogmatique et réputé pour sa rigidité rassurante, bref, une poigne d’acier dans un gant de crin, Durozaire avait fondé de toutes pièces une revue unique dans les annales de la presse scientifique française. La Rigueur Médicale s’était spécialisée dans la mise au jour des agissements des grands laboratoires pharmaceutiques et de leur collusion avec les ministères de la Santé successifs et les syndicats professionnels.

Expérimentations foireuses, accidents opératoires, autorisations de mise sur le marché scandaleuses, escroqueries en tout genre, rien ne lui échappait. Tous les mois, les trente-deux pages d’informations confidentielles et explosives - fruit de l’examen quasi-microscopique de poubelles ultra-secrètes - relayées par des informateurs non identifiés, défrayaient la chronique du monde médico-pharmaceutique. Les quinze premières pages de la revue, surnommées "l’Abattoir" par les rédacteurs, contenaient les articles les plus virulents. Quand un directeur de recherche ou un chargé de mission se voyait convoqué de toute urgence dans le bureau d’un Président exécutif ou d’un Ministre, il avait déjà appris les motifs de sa disgrâce imminente, en lisant La RM dans le salon d’attente.

Venu un beau jour proposer ses services, Manu s’était vu confier quelques menues tâches d’appoint, telle la correction des fautes d’orthographe, d’accord et de sens dont le chef - et principal rédacteur - était régulièrement irresponsable, ou la rédaction de minuscules notes de lecture concernant les bévues des médecins libéraux et les abus de pouvoir des hospitaliers. En effet, Durozaire et ses collaborateurs avaient eu l’intelligence de mettre leurs lecteurs dans le coup. Toute information pertinente communiquée à la revue via son numéro de téléphone noir (le 33 33 69 69 ) et vérifiée dans les 48 heures par les enquêteurs de La RM donnait droit à une citation au tableau d’honneur de la revue. Trois informations vous faisaient Lecteur/Indicateur de première classe, couronné par la remise en grandes pompes d’un insigne exclusif en forme de spéculum denté - symbole de la plongée "au vif du scandale".

Les lecteurs qui l’obtenaient étaient très fiers de l’arborer sur leur cravate ou leur revers de veston. L’emblème signalait nettement à leurs collègues l’appartenance de l’heureux élu à une caste de gens hors du commun. Emmanuel, simple traducteur, et peu enclin à la délation, n’a pas eu droit à cet insigne, mais il ne le regrette pas. Il le trouve un tantinet vulgaire et s’est déjà à plusieurs reprises exprimé à ce sujet. Il a proposé qu’on le remplace par l’association d’une loupe et d’une plume, par exemple, marquant ainsi l’activité bicéphale de la revue : investigation et écriture, mais Durozaire a balayé sa proposition en la qualifiant de « mièvre et peu pertinente ».

Cela étant, Manu est d’accord sur le fond : en médecine comme en politique, la vérité est révolutionnaire, et l’homme doit tout savoir sur la manière dont on l’assassine. Cependant, il trouve que la forme et le contenu de la revue pourraient être plus subtils et moins manichéens. Persuadé que La RM, unique en son genre, doit être défendue mordicus, il est assez fier d’y travailler. Peu de temps avant de se mettre en disponibilité, Manu se vit donc offrir de développer ses activités rédactionnelles.

Durozaire, surchargé de travail - il fédérait la rédaction de "l’Abattoir", commandait les articles, en fixait les thèmes et les lignes directrices, vérifiait la remise des copies à date fixe et réécrivait le tout pour lui conférer son aspect de "travail collectif" - lui confia le dépouillement et la publication du courrier des lecteurs. La seconde partie de la revue était en effet consacrée à un volumineux courrier de dénonciation des requins de la profession par d’honorables praticiens au-dessus de tout soupçon (la meilleure preuve étant qu’ils écrivaient sous pseudonyme...), aux résultats des questionnaires obligatoires envoyés aux abonnés pour vérifier qu’ils avaient bien lu la revue, et aux non-abonnés pour leur montrer qu’ils auraient tort de le rester. C’est dans ces pages qu’est affichée chaque mois la liste des Abonnés Assidus, des diplômes de Lecteurs Attentifs ainsi que des remises de décoration aux Lecteurs/Indicateurs, le Pilori, énumération en lettres grasses de professionnels non (encore) abonnés, que les Lecteurs Attentifs sont ainsi invités à convaincre de se joindre au mouvement par tous les moyens.

Manu, qui s’étonnait de l’agressivité du courrier publié, eut la stupéfaction de découvrir que le courrier reçu ne contenait pas que des dénonciations. Les lecteurs écrivaient aussi des textes constructifs. Ils avaient le plus souvent été refusés par les autres revues, et les auteurs tentaient leur chance auprès de la plus anticonformiste des revues médicales. En général, ces textes « non suffisamment aboutis » ou « manquant de mordant » (dixit Durozaire) restaient sous le coude du Rédacteur en Chef/Directeur de la Publication/Président du Comité Directorial, qui les gardait "pour plus tard".

Quand Manu se mit au travail, la seconde moitié de la revue changea. On y lut des réflexions personnelles dénuées de haine, des propositions d’action positives, des idées marrantes, des récits d’imagination débridée, des témoignages émouvants, des textes sortis tout droit du fond des tripes. Cette introspection nouvelle dans le monde de la santé fit sensation et le courrier tripla de volume. Devant la « bonification sensible des contributions extérieures et de l’image de marque de la revue [2] », Durozaire éleva Emmanuel au poste de Sous-Rédacteur en Chef Chargé de l’Interface Revue/Lectorat [3] .

A ce titre, dans le cadre du programme de décentralisation informatisée de la rédaction, il a reçu un ordinateur, une photocopieuse, un fax et un comitex qui lui permettent de travailler sans se déplacer, de rester en contact permanent avec son rédacteur en chef et de lui adresser ses articles et rubriques page par page dès leur saisie informatique. Cette politique a permis de désengorger rapidement les locaux parisiens de la revue, jusqu’alors stérilement encombrés par des rédacteurs en mal de convivialité, et de les consacrer exclusivement à la composition - en D. A. O. [4] - de la revue, effectuée par Durozaire soi-même et sa collaboratrice la plus proche, une matrone d’un âge indéfinissable, surnommée Yaya et avec qui il semble entretenir des rapports très troubles. On murmure que la dame en question n’est autre que la mère de Philippe Durozaire, ce qui évidemment donnerait à la chose une dimension toute particulière.

Equipé de pied en cap pour servir la cause de La Rigueur Médicale, Emmanuel s’est mis à l’informatique et à la communictique. Il n’était pas très chaud pour le fax et le comitex, mais l’ordinateur et la photocopieuse le tentaient beaucoup et il a vu ça comme une aubaine. Ses moyens ne lui permettraient pas de s’offrir pareilles machines et il s’est dit qu’après tout, puisqu’on lui proposait.

Au début, il travaillait avec honnêteté, de 9 heures à 17 heures, rendait ses copies à l’heure et, en tant que responsable de la rubrique courrier, donnait le Bon à Tirer Provisoire [5] sur les maquettes revues et mises en pages par Durozaire. Il ne se consacrait à son travail personnel (écriture de fiction, traductions alimentaires) qu’entre 17 heures 30 et minuit, une heure du matin. Peu à peu, cependant, les choses se gâtèrent. Naïvement, Emmanuel se connecta à quelques-uns des trente-deux autres rédacteurs équipés comme lui, afin d’améliorer la communication et les échanges. Il reçut aussitôt un fax sèchement libellé : Silence dans les rangs ! Un peu plus tard, il découvrit sur son ordinateur que les zones de mémoire affectées à ses travaux personnels étaient régulièrement visitées par un utilisateur inconnu. Manu soupçonna d’abord sa fille Tara, mais celle-ci nia absolument.

Relisant ses textes, il eut la surprise d’y découvrir des expressions sinistres, à mille lieux du caractère mutin et lyrique de son propre style, mais qu’il avait maintes fois relevées dans la maquette de La Rigueur. D’abord, il ne voulut pas y croire. Mais une nuit, après avoir actionné la commande Quitte de son traitement de texte et laissé, comme d’habitude, l’ordinateur sous tension, Manu resta dans son bureau pour lire. Vers deux heures et demie du matin, le comitex bourdonna et l’ordinateur se ralluma : quelqu’un venait de se connecter. Sous le coup de la surprise et de la colère, Manu débrancha tout. Pris d’un soupçon soudain, il composa le numéro de téléphone de la revue et eut la surprise, dès la première sonnerie, d’entendre le Président-Directeur du Comité Editorial lui répondre d’une voix parfaitement vive et enjouée.

Depuis, Emmanuel débranche l’ordinateur dès qu’il fait un pas hors du bureau. Jerry, un ami informaticien, doit lui fournir un logiciel capable de pénétrer l’ordinateur central de La RM, afin d’y jeter un coup d’oeil à son tour. Les donnés sont protégées par de multiples sécurités mais, comme dit Jerry, « aucun système n’est impénétrable ».

Lors d’une visite impromptue dans les locaux de La RM, Manu a de plus surpris Durozaire et Yaya en pleine rédaction d’une publication très étrange, Les Fils de Jocaste, sorte de "fanzine" consacré à la glorification des rapports Mère-Fils. Durozaire n’a pas osé se mettre en colère mais a éconduit Manu avec quelques grincements de dents. Manu en a tout de même profité pour subtiliser un exemplaire du fanzine et, sans le savoir, un document ultra-confidentiel (la transcription d’une séance - non répertoriée - du Séminaire de Jacques Lacan, portant sur le complexe d’Oedipe) qui s’y trouvait glissé probablement par erreur [6] . Emmanuel se perd en conjecture sur la signification de cette découverte.

Indiscutablement, le style rédactionnel est celui de Durozaire. Quant au contenu,ilestproprementstupéfiant. Ce n’est pas un fanzine, c’est une profession de foi. Il a bien essayé d’en toucher deux mots aux autres membres de la revue mais si certains lui ont répondu sèchement qu’ils n’étaient pas au courant, d’autres l’ont enjoint de se taire avec des gestes affolés.

Cette accumulation de faits étranges mais convergents ont convaincu Emmanuel, qui a fait un peu de psychiatrie durant ses dix années de médecin attaché, de la paranoïa galopante du Rédacteur en Chef/Directeur de la Publication/Président du Comité Directorial/Concepteur/Maquettiste de la revue qui l’emploie. Petit à petit, il est en train de se rendre compte que ce genre de relations ne lui plaît pas du tout. Par ailleurs, Durozaire supporte de plus en plus mal l’atmosphère familiale des pages que gère Emmanuel. Il y met de plus en plus son nez, ses mains et ses fautes de français. Ça risque de faire boum dans pas longtemps.

Signe révélateur, Manu parle dans son sommeil et agonit La Raideur Matinale et son Gérant/Tyran "Phil Durazoir". Nous pouvons d’ores et déjà révéler (de source sûre mais confidentielle) que, d’ici quelques jours, à réception du numéro de novembre [7] de La Rigueur Médicale, le torchon va brûler entre les deux hommes. En lisant l’éditorial, Emmanuel Zachs aura la désagréable surprise de découvrir que la moitié en est recopiée, mot pour mot ou presque, depuis l’un de ses textes en travail. Or, la seule copie papier n’a pas quitté son bureau...

Insensible aux honneurs de ce monde, Manu ne sait pas que s’il quitte un jour la rédaction, son nom continuera à figurer dans l’"ours", cet encadré où figurent le nom et les fonctions des collaborateurs de la revue.Phil Durazoir se fait en effet un point d’honneur de citer tous ses collaborateurs, passés et présents. (Il lui arrive même de citer le nom de personnalités « dont laprésence en ces pages ferait honneur à la revue ». Cet appel du pied est ressenti tantôt comme un compliment, tantôt comme une forte incitation à collaborer sous peine de se voir "traité" dans les pages de "L’Abattoir". La devise de Durazoir n’est-elle pas Ignem facere ex omne ligno ?) [8]. Les collaborateurs décédés ont droit au même honneur et figurent dans une rubrique spéciale : Collaborateurs Eternels, laquelle rubrique regroupe à ce jour dix-huit noms. Cancers, infarctus et morts violentes sont en effet fréquents dans la population (non représentative) que constitue l’effectif de La Rigueur Médicale.

* * * * *


- Manu, tu viens ?
- Euh, j’arrive...
- Qu’est-ce que tu cherches, tout est dans le coffre ?
- Ah, non ! crie Emmanuel. J’ai pas mis mes sacs.
- Tes sacs ? Ils ne sont pas encore prêts ?
- Une petite minute, tu veux ? J’ai du tri à faire.

Dolorès est proche de l’ébullition. Manu traîne. Il a beau avoir promis de passer le week-end chez ses parents avec les enfants, il n’est pas très pressé de partir. Elle-même est vite sortie de cours à midi, a pris les deux grands au vol, et arraché Pierre à sa nourrice mais quand elle est arrivée à 12 h 45, Emmanuel finissait juste de passer l’aspirateur.
- C’était vraiment dégueulasse ! Je supporte pas de voir tous ces jouets traîner dans la poussière. Si tu avais vu la chambre des enfants, quel foutoir ! J’ai rangé toutes les figurines en plastique, empilé les cubes, reconstitué les puzzles, trié les images d’album et classé les livres par ordre alphabétique d’auteur.
- C’était indispensable ?
- Comment veux-tu qu’ils s’y retrouvent, sans ça ?
- Tu n’as pas eu le temps de préparer à manger, j’imagine...
- Comment veux-tu ?
- As-tu écrit, au moins ?
- Euh, oui, bien sûr, bien sûr, qu’est-ce que tu crois, que je passe mon temps à faire le ménage ?

A présent, il est 15 heures 30. Le coffre est rempli. Le moteur tourne. Tara et Mathieu rient comme des fous en lisant la Rubrique-à-brac, Pierre suce son pouce, bref tout est prêt. Sauf lui.
A bout de patience, Dolorès monte jusqu’au bureau. Agenouillé devant trois piles de livres et une demi-douzaine de chemises, Emmanuel tente de fermer son cartable plein à craquer.
- Qu’est-ce que tu fais ?
- J’emporte du travail.
- Du travail ? Tu crois que ça vaut la peine ? Demain à cette heure-ci je sais que tu auras déjà envie de repartir...
- Ecoute, tu me lâches ! Je veux emporter quelques courriers à faire et trois quatre articles à relire, mais je ne sais pas encore lesquels, alors tu descends, tu chauffes la voiture, j’arrive.

Dolorès sort du bureau en claquant la porte.
Emmanuel s’arc-boute sur la fermeture du cartable, réussit à la bloquer, soupire de soulagement et reçoit un grand coup sur le nez. La fermeture s’est détachée, laissant quatre trous béants dans le rabat. Une, deux, trois gouttes de sang souillent le cuir patiné.

Abasourdi, persuadé que la justice divine vient de le punir d’avoir ainsi parlé à sa femme, angoissé par la perspective d’une hémorragie incontrôlable ou d’une lésion nasale irréparable, honteux à l’idée de retarder un départ sans motif valable et perforé par la culpabilité de faire respirer à ses enfants un surplus de gaz d’échappement, Emmanuel se lève, penaud, le cartable archi-plein sous le bras, un mouchoir pressé contre son visage. Avant de quitter le bureau, il vérifie une douzième fois que tous les appareils sont hors service, ramasse les disquettes informatiques les plus précieuses que, faute de place, il glisse dans sa poche de poitrine (des fois que la maison brûle en leur absence) et, la mort dans l’âme, pose la main sur la porte. Qui refuse de s’ouvrir.

Au bout de vingt minutes d’attente bouillonnante (en bas) et de hurlements et de coups de pied divers (en haut), Mathieu, sorti de la voiture pour aller faire pipi, monte jusqu’au bureau de son père et, ouvrant la porte au son de Il était un petit navire, glisse la tête en susurrant :
- Tu viens, Papa ?

Emmanuel est un père reconnaissant. Il promet à Mathieu de l’emmener au Centre de L’Espace dès leur arrivée.
- Faire un tour de navette spatiale, avec le simulateur ?
- D’accord.
- Et je pourrai choisir Mars ?
- C’est le plus dur, c’est ça ? On s’écrase toujours au bout de quarante-cinq secondes ?
- Oh ouais, mais tu vas voir, c’est super et je suis sûr que je vais réussir !
- D’accord, dit Manu. Tout ce que tu voudras.

Sa générosité est quelque peu intéressée. S’ils arrivent chez ses parents vers 16 H 30 - ça n’est qu’à trente-cinq kilomètres, après tout - il devra ressortir immédiatement s’il veut emmener Mathieu sur Mars avant le dîner. Ainsi, il pourra échapper à la fin d’après-midi chez lui, et retourner faire une petite visite aux caves du Shôgun. Avec un peu de chance, il reverra la femme au turban. Celle de l’autre jour. C’est à elle qu’il pensait en rédigeant son dossier criminel. Elle lui rappelle une fille qu’il a connue dans le temps, à Kernever. Diane ? Dina ? Dany ? Dire qu’elle était partie dormir dans la paille et qu’il n’a pas osé la suivre... Quelle tête elle a fait le lendemain ! Il rougit en y pensant.

Enfin... Mais comment s’appelait-elle ? En tout cas, elle était brune. De très beau cheveux, pas très longs. Mais celle-ci, celle au turban, il est sûr qu’elle est blonde, tout dans ses gestes le montre. Dans le cartable, entre autres, Emmanuel emporte son dossier, qu’il trouve très poétique finalement, l’amour la mort, c’est pour elle qu’il l’a écrit. Elle semblait bien connaître la libraire. La petite chinoise acceptera peut-être de lui donner son adresse. S’il la retrouve, il le lui fera lire. Elle sera ravie et flattée, à n’en pas douter. Et peut-être acceptera-t-elle d’aller boire quelque chose avec lui. Et peut-être que... Une fille pareille, il y a de quoi rêver.

Ça tombe bien, Manu rêve beaucoup.

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[1Ce test est réservé aux hommes. Si vous êtes une femme, passez la main et ouvrez grand vos yeux

[2Ecrivez, nous ferons le reste. Editorial signé "P.D." La Rigueur Médicale, N° 177

[3Le poste avait été créé pour lui. L’une des obsessions de travail de Durozaire est de valoriser chaque collaborateur selon son mérite propre. Le procédé le moins coûteux consiste à inventer des titres destinés à illustrer la variété presque infinie des attributions. Lorsque le collaborateur se voit démis de sa fonction - la chose est fréquente, remaniements et démissions étant monnaie courante dans l’équipe - le titre change de casquette. Au fil des années, l’"ours" de La Rigueur Médicale, a ainsi contenu et cité (pour certains, "un seul mois d’affilée", si l’on nous permet cette image hardie) de nombreux Rédacteurs, des Rédacteurs attachés, des Sous Rédacteurs en Chef adjoints, des Sous Rédacteurs en second, des Rédacteurs associés de première, deuxième et troisième catégorie, des Rédacteurs Non attachés Consultants, des Conseillers de la rédaction Permanents ou Honoraires et j’en passe - mais un seul Rédacteur en Chef, cela va sans dire.

[4Délation Assistée par Ordinateur.

[5Notre grand concours portera sur cette partie du texte. La question de la semaine est : A qui échoit le Bon à Tirer Définitif ? Vos réponses devront être adressées avant le 30 de ce mois. Les lauréats recevront un magnifique Diplôme de Lecteur Attentif de Romans Contemporains.

[6Second motif - celui-là officieux - du désengorgement des locaux : Durozaire ne retrouvait plus ses papiers dans le désordre que créait la présence des rédacteurs.

[7Non, il ne s’agit ni d’une erreur de l’auteur, ni d’un oubli du correcteur. Nous sommes bien en février. Le numéro cité est bien le numéro de novembre. La Rigueur Médicale, afin de relever le double défi d’une information indiscutable et d’un contenu homogène, se fait un point d’honneur de vérifier la pertinence de chaque virgule et l’orthographe de chaque nom propre (et il n’est pas question de publier des errata : ça ne ferait pas sérieux). Il en résulte un certain retard à la publication, mais comme le dit Monsieur Durazoir, « au bout d’un an ou deux, personne ne voit plus la différence ».

[8Autrement dit : "Faire feu de tout bois"... Lorsqu’il oublie quelqu’un dans l’"ours", Durozaire insiste pour le rajouter en note de bas de page dans un autre secteur de la revue. Durozaire apprécie considérablement les notes de bas de page, qui, dit-il, « permettent de préciser de manière professionnalisée et claire des éléments non indispensables à la compréhension du texte principal mais susceptibles d’apporter un "plus" de clarification à l’ensemble des données du dossier et à contribuer ainsi à l’exhaustivité de son contenu ». Il lui arrive de rajouter des notes de bas de page dix minutes avant l’envoi de la disquette définitive à l’imprimeur. Il y a quelques semaines, Manu a reçu de l’imprimerie deux pages entièrement remplies par des notes de bas de page en corps 7 à l’exception des quatre lignes supérieures. L’imprimeur demandait s’il fallait garder ça en l’état. S’il était sûr. S’il ne voulait pas prendre le temps de réfléchir un jour ou deux, de toute façon, avec le pont du nouvel an ça ne changerait pas grand-chose. Diplomate, Manu l’a rassuré. Mais il a remis sur le tapis (par courrier postal) son idée d’insigne-loupe, en proposant que les Lecteurs Assidus en reçoivent une vraie grande, montée sur pied, afin de pouvoir continuer à lire la revue sans difficulté.


Les_Cahiers_Marcoeur_24e_episode

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