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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

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L’incohérence sanitaire française
ou : comment un ministre passe à côté des questions
Article du 16 mai 2004

Lundi soir 17 mai, sur France 2, 100 minutes pour convaincre accueillait l’actuel ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy et des personnalités qui doivent l’interroger sur la politique de santé française. Aucun représentant des médecins généralistes ou des associations de patients n’était présent... ce qui en dit long sur la contradiction qu’il est possible d’apporter à un ministre en exercice sur un sujet concernant pourtant TOUS les citoyens.
Pour enfoncer le clou (et apporter un éclairage différent à ce qui s’est dit), voici quelques paradoxes qui ne sont jamais énoncés publiquement en France.
MW


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La théorie :
Nous avons le système de soins le meilleur du monde.

La réalité :
- on demande sans arrêt aux Français de consommer plus, MAIS PAS des soins (autrement dit : " Achetez des voitures et des magnétoscopes mais ne vous soignez pas "...) ; peut-on émettre une double injonction plus contradictoire que celle-là ?

- la consommation de médicaments doit être réduite, dit le gouvernement... MAIS ce même gouvernement prend une part active et applaudit à l’annonce de la formation du 3e plus grand laboratoire pharmaceutique au monde (Sanofi-Synthélabo après l’achat d’Aventis)... Lire "L’industrie pharmaceutique se sert de la sécurité sociale comme d’une vache à lait", par Philippe Pignarre

- la consommation médicale est - on le sait depuis toujours - inversement proportionnelle à l’information sanitaire dispensée au public ; MAIS en dehors de spots occasionnels, il n’existe aucune politique nationale d’information régulière sur le médicament, la prescription d’examens, le dépistage et la prévention des maladies, l’alimentation, la contraception, la prise en charge des personnes âgées, l’aide aux handicapés, etc.

- le volume de prescription des médicaments est inversement proportionnel à la formation des médecins à la pharmacologie MAIS cette formation n’est pas effectuée, de manière indépendante de l’industrie, dans les facultés de médecine françaises et en dehors de La Revue Prescrire, les revues médicales françaises sont toutes financées - et donc, contrôlées - par l’industrie...

- la prescription des médicaments par les médecins et par conséquent leur consommation sont proportionnelles à l’investissement financier des sociétés pharmaceutiques dans l’ " information " des médecins [1] ; MAIS les informations délivrées par l’industrie ne sont contrôlées ni par l’état ni par la sécurité sociale...

- la prescription d’examens complémentaires (radios, prises de sang, scanner, etc.) est inversement proportionnelle au temps passé par le médecin à écouter et à examiner le patient MAIS l’examen clinique est de moins en moins bien enseigné aux étudiants en médecine par des spécialistes de plus en plus techniciens et de moins en moins cliniciens et rien n’est fait pour valoriser le temps passé avec le patient...

- pour être plus efficace et moins coûteuse, la prise en charge de la population doit être confiée à des "médecins de soins primaires " (autrement dit : les généralistes) bien formés, compétents, et travaillant dans de bonnes conditions MAIS pendant les 2/3 de leurs études, les généralistes sont encore formés (en CHU) par des spécialistes qui ne connaissent rien aux soins primaires...

- les services d’urgences craquent de partout MAIS les urgentistes ne veulent absolument pas se mettre d’accord avec les généralistes pour réguler intelligemment les gardes...

- les médecins généralistes sont en surnombre dans certaines régions (où la consommation médicale est intolérablement élevée) et en sous-effectif dans d’autres (où les praticiens sont surchargés et où les patients qui le nécessitent sont donc susceptibles ne n’être pas bien pris en charge) MAIS la seule solution que le gouvernement envisage, au lieu d’ajuster durablement le nombre de médecins aux besoins locaux et d’inciter financièrement et d’encourager les jeunes généralistes à s’installer dans les zones où on a besoin d’eux, c’est de laisser entendre qu’il va les contraindre à exercer dans des campagnes désertées... Ce qu’il ne sera jamais possible de faire, car nous sommes en France, pas en Union Soviétique... et la Constitution contient le mot "liberté"...

- nous avons un système de remboursement collectif (la sécu) MAIS nos praticiens dans leur grande majorité, sont des libéraux (donc, des indépendants à qui on n’a jamais appris à se comporter de manière solidaire...) et sont payés à l’acte, la forme la plus libérale et la plus aliénante qui soit... puisqu’elle incite à multiplier les consultations, et non à allonger le temps de la consultation...

La théorie : nous avons le meilleur système de santé du monde.

La réalité : nous avons l’un des systèmes les plus incohérents au monde.

Au lieu de rester chacune dans leur coin, il serait peut-être temps que les différentes parties concernées (la sécu, l’état, les citoyens, les praticiens) se mettent à penser.
Ensemble.

Car pendant qu’elles ne le font pas, le commerce (de médicaments, de machines bio-médicales, de soins inadaptés et coûteux) continue...

Martin Winckler

Il n’est pas sûr que le cabinet de Philippe Douste-Blazy mette en oeuvre une politique différente de celle de Jean-François Mattéi. Certes, aucun de ses conseillers immédiats ne semble directement issu de l’industrie, mais plusieurs conseillers de PDB étaient déjà ceux de son prédécesseur. Lire la bio des conseillers


[1« Les médecins généralistes qui reçoivent les représentants des laboratoires pharmaceutiques une fois par an ont beaucoup plus tendance que ceux qui ne le font pas à formuler des prescriptions inutiles. Une étude britannique a montré que les médecins qui ont le plus de contact avec les représentants des laboratoires sont les plus enclins à prescrire des médicaments nouveaux et à se plier à la demande de patients qui réclament des médicaments inutiles. Les médecins qui voient le plus les représentants des laboratoires sont le plus souvent les praticiens isolés, qui ne suivent pas de formation médicale continue et qui travaillent dans les régions défavorisées. » Lire l’article original paru dans le British Medical Journal

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