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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

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Témoignage
La pénurie est déjà là ; le drame va bientôt suivre...
par Franck Wilmart, médecin généraliste

...Et ça n’a pas tardé : les deux éditoriaux ont suscité une réaction de Franck Wilmart, que voici.
MW


Merci pour vos éditoriaux. Le jeune (enfin encore pour peu de temps) médecin rural que je suis s’y retrouve pleinement.

Pourtant la pénurie est déjà là, dans beaucoup de régions ,en particulier en Picardie où j’exerce (surtout dans l’Oise et l’Aisne) où il y a encore peu certains de nos chers aînés craignaient encore l’arrivée de jeunes praticiens.

Exerçant pourtant à seulement 15 km d’un hôpital pivot, on sent la catastrophe imminente. On frôle le drame de plus en plus souvent.

Aux carences de médecins spécialistes (urgentistes compris) et généralistes viennent s’ajouter une pénurie d’infirmières libérales, d’aide soignants , de kinésithérapeute et depuis peu on constate de plus en plus de difficultés à obtenir des transports sanitaires (qu’ils soient privés ou publics via les sapeurs pompiers).
Cela ne fait qu’alourdir et compliquer la prise en charge de malades de plus en plus fragiles.

Dans mon secteur, obtenir une ambulance privée pour un transport non programmé (le plus souvent pour hospitaliser en urgence) devient une gageure et ceci dès les premières heures de la journée (alors qu’auparavant cela commençait en fin d’après midi).

Il devient souvent difficile à nos sapeurs pompiers de réunir le trio indispensable pour effectuer les interventions, que ce soit à la demande du 15 ou par carence de moyens. Pour le bassin de population, nous ne disposons que d’une équipe SMUR qui fait un boulot fantastique mais qui ne peut se dédoubler.

Rien qu’en 15 jours, pour imager mon propos (ceci n’étant en aucun cas significatif mais se répétant assez souvent depuis quelques temps), transport d’un nourrisson de 10 mois cyanosé avec les pompiers avec une jonction possible avec le SMUR à seulement quelques centaines de mètres du CH (le bébé va bien je vous rassure) , deux urgences cardiaques (un infarctus et une décompensation cardiaque sévère) où nos pompiers locaux n’ont pu assurer le transport car n’étant qu’ à deux (il a fallu attendre un VSAB parti de Soissons ; dans les deux cas le Smur était ces jours là disponible). le même jour que l’infarctus , pour une autre malade faute d’ambulances privées disponibles et de pompiers locaux toujours en sous-effectifs, il a fallu redéplacer un VSAB de Soissons. Les malades vont tous mieux à ce jour mais on sent nettement que la machine se grippe.

J’ai pris l’exemple caricatural de ces urgences (qui sont fréquemment rencontrées par les médecins généralistes en particulier dans les zones en pénurie car elles ou ils n’ont jamais si bien porté leur nom de médecin de premier recours) pour appuyer vos textes mais j’aurais pu tout autant parler des difficultés de l’accès aux soins qui est d’ores et déjà une réalité galopante dans nos secteurs et qui est une conséquence directe de la pénurie des médecins et de tous les acteurs de la santé (infirmières, aides soignantes, ambulanciers, pompiers volontaires). Cela se ressent nettement chaque jour et gêne considérablement l’exercice quotidien visant à offrir à nos patients les meilleurs soins.

Pourtant , bien qu’épuisant , l’exercice de cette médecin globale n’a jamais été aussi passionnant, mes liens entre les différents intervenants n’ont jamais été si bons (désolé mais je m’entends très bien avec les urgentistes locaux ; question de respect réciproque sans doute).

Je tombe de ma chaise en lisant dans Libération du 20 avril dernier que certains confrères affirment aux étudiants "vous verrez peu de patients avec une vrai pathologie" (au passage faudra m’expliquer ce qu’est une fausse pathologie)

Comme dans de nombreux coins où ils sont encore plus dans la panade qu’ici (pour l’instant la question de la Permanence des soins n’est pas réglée et on souffle pour encore peu de temps car on sent que ça va se gâter pour nous sous peu) , on tient encore mais pour combien de temps ?

Comme dans le services hospitaliers , ca tient encore grâce aux dévouements de chacun mais pour encore combien de temps ?

Faudra-t-il qu’il y ait un drame ?

Encore merci

amitiés à toutes et à tous

Franck

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