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Edito 2
Peut-on contraindre un généraliste à s’installer à la campagne ?
par Sandrine Buscail et Martin Winckler
Article du 1er mai 2004

La répartition géographique des professionnels de santé préoccupe tout autant les politiques que les acteurs sociaux, favorables pour la plupart aux mesures coercitives : si l’on manque de médecins dans certaines régions, nous allons imposer aux jeunes médecins de s’installer là où on a besoin d’eux. Tout cela semble logique, mais les médecins ne sont pas des fonctionnaires d’état. Ils ne sont pas formés comme tels, ils ne signent aucun contrat avec les pouvoirs publics. Depuis toujours, l’état a soigneusement évité de toucher au libéralisme de la profession.

Les jeunes gens qui entrent en médecine se forment à leurs frais - ou aux frais de leurs parents - à une profession libérale qu’il exerceront dix ans plus tard. Telles sont les règles. Impossible de les changer en cours de route.

Si l’on veut que le jeune médecin en formation fasse, à sa sortie, partie d’un service public de santé qui lui imposera son lieu d’installation (et ses conditions d’exercice), il faut le dire d’emblée ; et il faudra, en toute logique, donner à ces nouveaux travailleurs de l’état, comme à tous les fonctionnaires, les avantages (horaires fixes, salaire garanti) qui ont ces obligations pour contrepartie ! ! !

Les membres de la fonction publique sont " nommés " ou " mutés " dans des postes qu’ils ne choisissent pas. Mais en l’état actuel des choses, on ne voit pas comment on pourrait, par décret, imposer à des membres d’une profession libérale d’aller s’installer là où ils ne veulent pas. En dehors de l’hôpital, il n’y a pas de " postes " de médecin. Et ces postes (qui diminuent comme peau de chagrin) ne sont même pas tous assurés : la France salarie (mal) des centaines de médecins étrangers pour assurer les soins que les médecins français ne suffisent plus à assurer.

Toutes les menaces actuelles de contraintes à l’installation sont donc pur bluff - un bluff dont on ne comprend pas très bien la logique.

Le plus surprenant, c’est que les représentants des syndicats agricoles font partie de ceux qui sont le plus favorables à ce type de mesure autoritaire : " À la campagne, on a besoin de médecins, disent-ils ! "

Or, qu’est-ce qu’un médecin généraliste rural ?

Il est difficile de donner une définition précise, car faute de politique de santé cohérente en France, il n’en existe pas ; mais en première approximation un premier temps, on peut dire qu’un médecin généraliste est
- un travailleur indépendant ;
- il travaille dans une entreprise (cabinet médical) qu’il a créée, ou reprise ;
- il travaille souvent de manière isolée (il est difficile de s’associer, car la fiscalité n’y aide pas vraiment et personne ne veut plus s’installer à la campagne ) ;
- il est souvent aidé par sa conjointe ; ou bien il a un(e) employé à mi-temps (secrétaire) ; quand le généraliste est une femme, il est rare, en revanche, que son conjoint lui serve de secrétaire ou d’assistant... Or, plus de 50 % des médecins de moins de 35 ans sont des femmes...
- son activité varie avec la saison (intense en hiver, moins en été)
- il peut être amené à travailler de jour comme de nuit, y compris dimanches et jours fériés ; il lui est difficile de se faire remplacer car les jeunes médecins susceptibles de faire des remplacements sont de moins en moins nombreux, en raison du numérus clausus inepte
- on a besoin de lui dans des régions qui se désertifient en tout : dans les zones rurales, on ne trouve plus de bureau de poste, d’épicerie, de boulangerie, etc.
- il rend service à des dizaines de personnes en permanence. On considère que c’est une des professions essentielles de France. Son impact sur l’économie et le bien-être des citoyens est énorme.

Si l’on regarde bien ces éléments de définition, on constate sans peine combien les points communs avec les agriculteurs sont nombreux.

Même s’ils sont subventionnés, les agriculteurs tenant des exploitations familiales sont dans la même situation que les généralistes : les jeunes agriculteurs ne veulent pas reprendre les exploitations de leurs parents. Les généralistes ne trouvent ni remplaçants occasionnels, ni médecins pour leur succéder.

Lorsqu’on engage la conversation avec des ouvriers ou exploitants agricoles sur leur mode de vie , l’évolution de leurs pratiques inévitablement nous abordons la question de la pénibilité de leurs tâches, du faible rendement de leur trop forte activité au seul profit des exploitations de grande envergure, du refus de leurs progéniture de poursuivre l’activité " sacerdotale " de paysan, du processus de deuil dans lequel la plupart se trouvent car si les enfants se détournent de leur mode de vie, et les terres devenues invendables pour l’exploitation agricole sont cédées à des constructeurs immobiliers ...

Est-il pensable d’imposer aux jeunes agriculteurs d’aller s’installer en zones rurales ? Non, bien sûr. Et on voudrait le faire avec les généralistes ?

La réalité, c’est que la désertification des campagnes françaises est un problème social et économique général, qui touche de plein fouet tous les travailleurs indépendants : les médecins comme les agriculteurs. Pour réhabiliter les campagnes, il faut le faire ensemble : médecins, agriculteurs, et collectivités locales main dans la main. Les agriculteurs ne peuvent pas, d’un côté, demander et accepter l’aide de l’état pour continuer à exercer leur métier et, de l’autre, exiger que les généralistes soient traités différemment, par des mesures coercitives.

Si les médecins entrent dans le mouvement social pour défendre les intérêts de leurs patients, alors il importe que les autres professions se solidarisent avec eux pour entraîner les remaniements sociaux profonds rendus aujourd’hui nécessaires par les disparités régionales et les dépenses de soins incontrôlés.

Défendre le droit et l’accès aux soins pour tous, c’est aussi défendre et faciliter les conditions d’installation des médecins sur l’ensemble du territoire avec la coopération active de tous les acteurs sociaux, en zone urbaine, et en zone rurale.
Encore faudrait-il que tous ces acteurs définissent exactement ce qu’ils veulent faire... et s’ils veulent vraiment le faire ensemble ou continuer à se battre séparément, chacun pour soi...

Sandrine Buscail, médecin généraliste, présidente du Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes

Marc Zaffran/Martin Winckler, médecin généraliste et écrivain

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