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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... > La médecine, les patients, les soignants >


La conversion des puissants (2002)
par Christian Lehmann
Article du 24 avril 2004

" Jusqu’à cet été, je ne connaissais du système de santé français que l’ampleur du déficit de l’assurance-maladie. Depuis, je sais que ce déficit, que j’ai tellement critiqué, m’a sauvé la vie. " Depuis l’accident anesthésique de Jean-Pierre Chevènement, et sa réanimation " miraculeuse ", c’est la seconde fois qu’un membre de la " France d’en haut " découvre, interloqué, que les médecins, dépensiers, inconséquents, sont aussi là incidemment pour sauver des vies humaines.
Mais cette fois-ci l’opposant à la mutualisation des risques frappé sur le chemin de Damas n’est autre que Jean-Marc Sylvestre, le très libéral chroniqueur économique de France-Inter et rédacteur en chef de TF1. Qui trouve soudain des accents déchirants pour défendre l’assurance-maladie solidaire...

" Quand on sait la valeur détruite chez Vivendi sous le règne de Jean-Marie Messier... quand on sait les salaires que demandent les stars du football, on se dit que les hôpitaux pourraient dépenser un peu plus d’argent sans qu’on les traite d’inciviques, et les médecins, les bons, gagner plus. "

Suit un plaidoyer plus convenu pour ces " bons médecins " que JMS, à l’évidence, n’imagine que spécialistes hospitaliers aux manettes d’un plateau technique ultra-performant. L’ultralibéralisme laisse toujours des traces, parmi lesquelles la dévotion à une technicité considérée comme toute-puissante.

Non, il semble plus intéressant de se pencher sur cet aveu d’un des plus célèbres économistes de France, qui reconnaît avoir daubé le système de santé français sans rien en connaître d’autre que le versant financier. Et qui soudain, malade, défait, apeuré, découvre " des médecins extraordinaires de compétence " qui continuent à se battre quand lui-même a cessé d’y croire, oeuvrent sans souci du retour sur investissement. " Le " return " était trop improbable ", note Jean -Marc Sylvestre, probablement imparfaitement remis d’une trop longue exposition à la mondialisation.

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Nancy Reagan campagne inlassablement pour que G.W. Bush revienne sur les restrictions qu’il a instaurées l’an dernier sur la recherche sur cellules embryonnaires. Bush ne l’a pas interdite, il en a limité le financement aux lignées existantes pour en éviter l’extension , partant du principe que les lignées de cellules-souches existantes peuvent être utilisées ( pour la recherche sur nombre de maladies génétiques, sur le diabète, sur l’Alzheimer), mais qu’utiliser de nouvelles lignées, fussent-elles issues de fertilisations in vitro et destinées à la destruction, serait contraire à l’éthique.

Il ne m’appartient pas ici de trancher sur cette question complexe, sur laquelle G.W. Bush s’est longuement expliqué dans une allocution télévisée d’une gravité inusitée en août 2001. Mais de noter que Ronald et Nancy Reagan, au nom de la défense des droits de l’embryon, furent longtemps des adversaires acharnés du droit à l’avortement. Comment comprendre la volte-face de l’ex First-Lady ?

Elle s’en explique clairement : son mari est atteint de la maladie d’Alzheimer, et elle désire tout faire " pour qu’aucune autre famille n’ait à subir ce que j’ai à subir ". Ainsi va la vie des puissants, et vacillent leurs certitudes, lorsqu’ils abandonnent leur supériorité de façade et se découvrent, simplement, humains.

Christian Lehmann

(Texte originellement publié dans Impact Médecin)

Lire le compte-rendu par Christian Lehmann, d’un récent débat autour de l’Assurance-Maladie auquel il participait...

Et lire absolument :
Patients, si vous saviez..., excellent livre dans lequel il décrit les conditions d’exercice de la médecine générale et la position ambiguë que celle-ci occupe entre les patients, le pouvoir et les pressions de l’industrie pharmaceutique...

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