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Avant-propos de "Super-Héros"
Article du 30 juillet 2003

Je ne me rappelle pas exactement ma première rencontre avec les super-héros. Je ne me rappelle pas non plus de quel héros il s’agissait. Car il s’agissait avant tout d’un héros. Le mot « super » n’est apparu que bien après. Le héros, à l’origine, quand on est petit, c’est l’individu qui affronte non seulement des adversaires formidables, mais aussi des difficultés surhumaines, pour défendre des valeurs universelles - ou bien, tout simplement, pour sauver sa vie ou celle d’un(e) autre.

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Illustration de couverture

Trente ans après

Le héros, c’est celui qu’on a envie d’imiter. Pas vraiment - en tout cas pas seulement - parce qu’il a des caractéristiques exceptionnelles, mais parce qu’il lui arrive des trucs invraisemblables et qu’il échappe au danger grâce à sa force, grâce à son intelligence, ou bien simplement parce qu’il est bon ; et le sort ne peut pas abattre celui qui est bon. C’est évidemment une vision naïve de l’existence, mais elle aide à grandir, et c’est au fond tout ce qu’on demande aux héros : de nous aider à grandir jusqu’à ce qu’on soit en âge et en conscience de comprendre que la vie est plus compliquée que ça.

Je ne me rappelle pas quand, exactement, j’ai rencontré mon premier super-héros, mais quand je me remémore mon enfance, je la vois peuplée de héros exceptionnels. D’abord, il y a Tarzan et Zorro, présents à la télévision ou au cinéma, mais aussi dans les livres. Et puis, chez le marchand de journaux, rue de la Couronne, à Pithiviers, je rencontre Superman et Batman, dans un magazine dont le titre est fait de leurs noms accolés . Plus tard, je découvre d’autres personnages dans les fascicules noir et blancs que l’on vend sur tourniquets dans les petits commerces, à Londres, où je passe un mois chaque été de mon adolescence.

Les fascicules s’intitulent Astounding Adventures ou Amazing Stories ou Strange Tales. J’y suis les aventures de personnages impressionnants : Dynamo, le surhomme ; Noman, l’androïde dont l’esprit peut se transférer dans d’innombrables corps de rechange ; Ant-man, le héros qui a la taille d’une fourmi ; The Mighty Thor, le dieu nordique ; Doctor Strange, le maître des arts occultes... et bien d’autres.

Ce qui m’impressionne le plus, c’est de constater que beaucoup de ces héros se connaissent : ils se rendent visite dans leurs aventures respectives, qui commencent chez l’un et se terminent chez l’autre ; ils font allusion à des adversaires communs, que l’un d’eux a combattu par le passé et croyait mort, et qui réapparaît pour menacer le monde une nouvelle fois. Les super-héros - en anglais, superheroes - ne sont pas des marionnettes isolées : ils font partie d’une famille.

Enfin, de plusieurs familles. Il y en a deux grandes : d’un côté celle de Superman, Batman, Flash, Wonder Woman et de la Justice Leage of America - la famille « D.C. » ; de l’autre celle des Fantastic Four, des X-Men, de Spider-Man, Daredevil, Hulk, Thor et The Avengers - la famille « Marvel ». Noman et Dynamo, eux, appartiennent à une toute petite famille, les Agents of T.H.U.N.D.E.R. qui - je ne l’apprendrai que bien plus tard - est la création originale d’un artiste indépendant, Wallace Wood. Ils ne vivront pas très longtemps, mais assez pour me laisser un souvenir impérissable.

Très vite, les étés à Londres devinrent pour moi l’occasion de faire le plein de comics - puisqu’on les appelait ainsi. Et surtout de Marvel Comics : à la fin des années 60, Spider-Man, les X-Men et les Fantastic Four n’avaient pas encore débarqué en France. Ils le firent au début des années 70, dans un mensuel éphémère intitulé Fantask. Il ne vécut que sept numéros, devenus depuis des objets de collection, car il fit l’objet d’une interdiction par la commission de censure qui, à l’époque, veillait jalousement (et assez bêtement, faut-il le dire ’) sur les publications destinées à la jeunesse.

Ma frustration fut grande de voir disparaître du jour au lendemain ces personnages extraordinaires, que l’éditeur avait alors eu le soin de publier en couleur alors même que la plupart des fascicule de comics traduits en français étaient en noir et blanc. Mais je découvris que Marvel et D.C. servaient des abonnements à l’étranger et m’abonnai à plusieurs titres, qui me parvenaient avec plusieurs semaines de retard sur la publication en Amérique, mais que je répertoriais religieusement après les avoir lus de la première à la dernière ligne.

(Les personnages de comics évoluent dans des univers cohérents, voyez-vous, et je ne voulais pas en perdre une goutte, je ne voulais pas omettre la moindre information puisée dans les éditoriaux des rédacteurs en chef ou les réponses du courrier des lecteurs...)

J’avais le sentiment que si je veillais sur eux, les super-héros, en retour, veilleraient sur moi. Et puis, à l’âge de dix-sept ans, je passai une année en Amérique, dans le Minnesota. À mon retour, la cantine contenant mes affaires d’hiver (il fait couramment - 30°C, entre décembre et février, dans le Minnesota) était à moitié pleine de comics...

J’ai lu des comic-books pendant très longtemps, puis j’ai cessé d’en lire parce que j’avais d’autres chats à fouetter. Je les ai redécouverts à la fin des années 80, à l’heure du renouveau, lorsque, presque simultanément le dessinateur et scénariste Frank Miller fit du personnage de Batman un sombre chevalier dans son Dark Knight , et le britannique Alan Moore porta un regard critique sur les superhéros dans Watchmen. Et puis, je les ai perdus de vue à nouveau. Jusqu’à 2002, lors de la sortie du Spider Man, au cinéma...

Cette année-là, en regardant « Spidey » se balancer entre les gratte-ciel de Manhattan, j’ai compris que mon affection pour les superhéros n’était pas morte, elle n’était qu’endormie. Peter Parker est mon cousin ; les Fantastic Four, la famille à laquelle j’aurais voulu appartenir (malgré leurs mutations, ils ne sont pas plus bizarres que je n’ai le sentiment de l’être) ; Batman est une figure tutélaire dont j’aurais bien voulu être le disciple. Bref, ils font partie de moi.

Il y a quelques mois, j’ai exploré mes archives personnelles en vue d’un livre traitant de mes relations, depuis l’enfance, avec la fiction. Parmi mes papiers, j’ai retrouvé un cahier assez singulier, consacré... à mes super-héros. C’est un cahier de travaux pratiques grand format, dans lequel alternent pages quadrillées et pages de dessin. le propos était clair : je voulais composer une sorte de biographie, en texte et en images, de mes superhéros favoris.

Plusieurs mois d’affilée, j’ai acheté les fascicules de Marvel et de Strange en double (pas question de saboter ma collection !) et j’y ai découpé les personnages pour illustrer le texte rédigé sur la page quadrillée. Faute de temps, je n’ ai rempli que quelques pages de ce cahier, mais le projet devait me tenir à coeur : aurais-je, sinon, tenu à le conserver pendant plus de trente ans ?

Et voici que - je n’en reviens toujours pas ! - trente ans plus tard, grâce à Isabelle Jendron, à Brigitte Leblanc et à Catherine Stoeblen, des éditions du Chêne, j’ai l’occasion de le terminer...

Mes héros ont bien veillé sur moi.

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