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L’éthique dans les séries télé : une émission radio hebdomadaire en ligne sur Radio Créum

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Petit rappel....
Passion du Christ... et manipulation du public
(un article publié le 28 février...)
Article du 1er avril 2004

Un jeune lecteur et correspondant m’a interrogé au sujet du débat sur le film de Mel Gibson.Il me demandait mon avis. Voici ce que je lui ai répondu. Non que mon avis soit meilleur ou plus avisé que celui d’une autre personne, mais je pense qu’il exprime clairement ma position permanente vis-à-vis des "polémiques" qu’on fait naître au sujet des productions artistiques (cinématographiques, télévisées, littéraires).

"Mon opinion sur le film ? Eh bien, je n’en ai pas encore : je ne l’ai pas vu. Mais j’ai une opinion sur la la polémique qu’il suscite : je pense qu’il est sain qu’on discute d’un film et de ce
qu’il raconte, mais je ne pense pas qu’il soit sain ou démocratique qu’un film soit
censuré avant même d’avoir été montré au public. C’est exactement la même chose
que pour le Hitler censuré par TF1... précisément pour des raisons "idéologiques".

Et je ne professe pas deux poids deux mesures. Je pense qu’aucun film ne doit être censuré. Car si nous acceptons qu’il le soit, qui le censurera ? Quel
contrôle avons-nous sur ceux qui le censureront ? (Les "catégories "-10", "-12", "-16" me paraissent déjà extrêmement artificielles). Si le citoyen est assez grand pour voter et payer des impôts, il est aussi assez grand pour choisir d’aller ou non voir un film, de le critiquer et de le recommander ou de le déconseiller aux personnes qu’il rencontre. Et si un film est a priori dangereux parce qu’il est porteur d’une idéologie réputée "dangereuse" (mais encore une fois, qui en décide ?), alors il faut censurer tout ce qui est aussi potentiellement porteur, en l’occurrence de l’idée que les Juifs sont responsables de la mort du Christ, comme l’est probablement la peinture de l’école flamande reproduite sur cette page ou... l’Evangile selon St Jean, dont on dit que Gibson se serait inspiré. Mais les épurations, les autodafés, les bûchers sacrificiels, ça a des relents plus que désagréables...

La censure, c’est comme la peine de mort : ça ne dissuade personne, le prix en est élevé, et c’est une manière extrêmement primitive de transférer l’agressivité personnelle collective sur l’objet ou l’individu qu’on entreprend d’éliminer. Mais ça n’aide ni à réparer, ni à penser, ni à vivre.

Si le film de Mel Gibson est discutable, je serai capable de m’en rendre compte par moi-même. Mais je ne me laisserai pas dire à l’avance par quiconque ce qu’il "faut" en penser. Et j’attends qu’on ait le même respect pour tout le monde. Et qu’on nous laisse ensuite en discuter. En adultes.

Par conséquent,
je prends note de ce qu’on dit, mais mon attitude sera simple (et elle est toujours
la même) : j’attendrai que toute la polémique soit retombée pour le voir
(en attendant probablement de pouvoir le louer dans un vidéo club) avant d’émettre une opinion.

Cette attitude, déjà ancienne (je vois rarement les films à leur sortie en salle) m’évitera
d’être manipulé - par le marketing du film (en courant le voir dès sa sortie), par ses détracteurs (en
attaquant un film que je n’ai pas vu) ou par ses défenseurs (en défendant a
priori un film avec lequel je découvrirai ensuite que je ne suis pas d’accord).

Dans ce genre de
situation, je pense que la presse a tendance, par elle-même à se faire manipuler en montant les choses en épingle et à faire
perdre le sens de la raison."

J’ajouterai ceci : pensez aux polémiques autour de La Passion selon Saint Matthieu de Pasolini, de La dernière tentation du Christ de Martin Scorcese ou, en France de La Religieuse de Jacques Rivette, de Je vous salue Marie de Godard...

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Essentiellement : les oeuvres ! Que valent-elles ? Elles valent, chacune à son tour, ce qu’elles produisent en nous quand nous les lisons ou les voyons, et ça peut varier beaucoup d’une oeuvre et d’une personne à une autre.

Certaines oeuvres "scandaleuses", "provoquantes", vieillissent très mal et très vite. D’autres sont toujours aussi puissantes. Qu’elles aient été originellement censurées ou soient passées inaperçues (autre forme de censure, mais dont on ne parle jamais : le silence volontaire ou forcé...)

Alors, hurler avant même sa sortie qu’un film à grand spectacle (même s’il est très idéologique...) de Mel Gibson ou de quiconque risque de faire basculer la pensée des Chrétiens (et pourquoi pas des Musulmans, tiens, pendant qu’on y est ?) du monde entier dans l’antisémitisme (en admettant que ce soit son but et son idéologie, ce que je ne peux nullement affirmer ou réfuter, ne l’ayant pas vu...), ça me paraît au moins prématuré, et au plus soit vaniteux, soit paranoïaque, selon l’idéologie que l’on professe. Et les grands péplums des années 50 ou 60 qui ont eux aussi touché des millions de personnes : Ben Hur, Quo Vadis ?, La Tunique, Barabbas ? Quel a été leur impact sur la "pensée" du public ? Est-ce qu’ils ont été à l’origine d’une recrudescence de la foi chrétienne ? De l’antisémitisme ?

La "durée de vie" des objets de grande consommation comme les films est telle que leur impact est très, très limité. (A peine sortis de la salle, il y a déjà un autre film "à scandale" à aller voir.) Et aucun film ne peut avoir un impact idéologique si
grand qu’il puisse modifier durablement la perception de centaines de milliers/millions de
personnes en l’espace de quelques semaines ou quelques mois. (Si vous en connaissez un, indiquez-le moi, mais j’ai manifestement échappé à son "puissant" message...)

En revanche, les polémiques de ce type ont pour principal objectif... les retombées commerciales ! Le producteur encaisse les entrées. Les journaux en font leurs unes, les chaînes en font leurs plateaux, les partis de tout poil en font leur drapeau. Est-ce vraiment au profit de la réflexion ? J’en doute.

S’agiter avec les agités, c’est faire le jeu de tous les
extrêmismes. De toutes les manipulations.
Et c’est aussi se détourner de choses plus immédiates, et au moins aussi importantes, qui se déroulent aujourd’hui sous nos yeux. J’aime profondément le cinéma. Mais il ne me fera jamais oublier que je vis dans le monde réel. Et vous ?

Mar(c)tin

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