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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo
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Contraception : la liberté et la santé des femmes, pas le confort des médecins !
Article du 15 février 2004

Chaque jour qui passe, les questions sur la contraception affluent dans ma boîte électronique. Je sais que ça n’est pas réservé à ma petite personne : tous les sites internet consacrés au sujet reçoivent des questions de même nature, questions qui donnent le sentiment que beaucoup de médecins ne prennent pas la peine de répondre... ou ne savent pas quoi répondre quand les femmes (ou les hommes) les interrogent.

Beaucoup de questions font état de l’hostilité des médecins à l’utilisation des DIU et de l’implant, hostilité dénuée de justification et d’autant plus dommageable qu’elle condamne souvent les femmes à prendre la pilule au prix d’une contrainte importante, matérielle et financière, ou d’avoir recours à des méthodes moins fiables, ce qui les expose aux grossesses non désirées en cas d’oubli ou de ras-le-bol !

Cette hostilité est peut-être dictée par la peur (d’être dangereux pour les femmes), mais la peur n’est pas une objection valable quand elle est dictée par les préjugés et l’ignorance. En refusant de proposer, de prescrire ou de mettre en oeuvre des méthodes contraceptives fiables et sans danger, en refusant de mettre leurs connaissances à jour, trop de médecins privilégient leur petit confort intellectuel aux dépens de la vie sexuelle et familiale, de la santé et du niveau de vie des femmes qui se confient à eux. Professionnellement parlant, c’est déplorable. Moralement parlant, c’est scandaleux.

Depuis trois ans et la publication de Contraceptions mode d’emploi , et à l’occasion de l’article pamphlétaire que j’ai récemment écrit pour Le Nouvel Observateur de nombreux médecins (gynécologues ou non) se sont offusqués de mes déclarations, en arguant que je "déconsidérais la profession", qui serait, d’après eux, irréprochable dans sa manière de répondre aux demandes des femmes.

Mais singulièrement, PAS UNE SEULE critique de mon livre ou de mes déclarations ne s’est accompagnée du moindre argument scientifique démontrant que ce que j’affirme est faux. (La critique la plus fréquemment énoncée par les gynécologues se limite à des commentaires du style : "Qui est-il pour parler, lui ? Il n’est même pas gynécologue !")

Difficile de contester la validité scientifique de ce que je dis : ce que contiennent mon livre et mes articles sur la sécurité d’emploi de la contraception et sur l’importance d’en laisser le choix aux femmes, je ne l’invente pas : c’est la synthèse d’une bibliographie internationale très étendue dont on peut avoir une idée en se rendant (par exemple) :
- sur le site de la revue Population Reports
- ou bien sur celui de la revue Contraception Online,
- ou encore sur l’excellent site du Planning Familial Belge
- ou tout simplement sur celui de l’Organisation Mondiale de la Santé.

(Vous noterez que trois de ces quatre sites sont en français !!! Mes-chers-confrères-pas-au-courant n’ont donc aucune excuse...)

En matière de contraception comme pour n’importe quel domaine du soin, les arguments d’autorité ("Je dis que...") des " mandarins " ou des spécialistes qui se fient à leur seule expérience ne tiennent pas la route face aux éléments de preuves issus d’études scientifiques nombreuses, indépendantes et convergentes.

Or, des études de ce type, il y en a eu beaucoup depuis trente ans. Au moyen de quelques clics sur les liens ci-dessus et d’un peu d’attention, on peut cependant constater que l’attitude des médecins français en matière de contraception est très éloignée de ce que recommandent les consensus scientifiques internationaux qui s’appuient sur ces études.

De plus, l’opposition parfois obscurantiste des médecins (gynécologues ou non) à des méthodes fiables comme le DIU ou l’implant, les conduit à prescrire sans discrimination à leurs patientes, sous l’influence de l’industrie pharmaceutique, des produits (Jasmine, Diane) soigneusement "marketés" pour leur image attrayante, mais pas du tout conçus pour apporter un progrès notable. Pourtant, nous disposons d’un nombre suffisant de méthodes pour que le choix soit adapté à chaque utilisatrice, à chaque situation ; et ce choix est le plus sûr moyen d’améliorer considérablement les conditions de vie des femmes.

Dans les pays en développement, toutes les études montrent que le contrôle de la fécondité par les femmes elles-mêmes a des effets bénéfiques très nombreux : la santé des femmes s’améliore ainsi que la santé des enfants ; le niveau d’éducation et le niveau de revenu des femmes augmente ainsi que le PIB du pays. (Ici : une lecture sur ce sujet). Ce que les pays en développement offrent à leurs citoyennes, devons-nous continuer à accepter que, par obscurantisme, cela soit refusé aux nôtres ?

L’une des toutes premières femmes sans enfant à qui j’ai posé un DIU, en 1995, avait alors 20 ans. Elle venait de subir une IVG après échec de préservatif et ne pouvait pas prendre la pilule pour des raisons médicales. J’étais le premier médecin qui lui proposait un DIU. Elle portait un DIU sans problème depuis 8 ans quand je l’ai reçue, il y a quelques semaines. Elle voulait faire enlever son DIU pour mener à bien sa première grossesse. Elle m’a dit : " Je voulais faire des études. Si j’avais dû m’en tenir aux préservatifs, j’aurais certainement été enceinte à nouveau, et j’aurais gardé les grossesses : je ne me serais pas fait avorter à tout bout de champ. J’aurais eu des enfants plus tôt, je n’aurais pas pu terminer mes études et décrocher le boulot que j’ai aujourd’hui. J’ai eu de la chance de vous rencontrer. "

Plus modestement - car je ne faisais que mon travail - je dirais plutôt que la plupart des femmes qui se font rembarrer quand elles demandent à choisir leur contraception ont la malchance de tomber sur des professionnels obtus, imbus d’eux-mêmes, ignorants et préoccupés de leur petit ego plus que du bien être des femmes qui se confient à eux.

Ces professionnels crient au scandale quand je les apostrophe en soulignant leurs insuffisances, mais ils n’ont jamais rien à m’opposer, sinon leurs cris d’orfraie. Et surtout, ils ne veulent pas aborder la question de fond, la question centrale qui est en jeu ici :

Les femmes ont le droit de voter, de conduire une voiture, de divorcer, de travailler, d’avorter, de mettre des enfants au monde, et de les élever. Pourquoi n’auraient-elles pas le droit de choisir leur contraception ? Sur quels arguments le leur refuse-t-on ?

Puisque ce n’est pas sur des arguments scientifiques, c’est bien pour des raisons idéologiques, qui tiennent à la formation "élitaire" des médecins et à la fâcheuse tendance que beaucoup d’entre eux ont de penser que les non-médecins "ne savent pas, ne comprennent pas, ne sont pas en situation de décider de leur vie" et que parmi ces non-médecins, les femmes - parce qu’elles sont femmes - savent encore moins et sont encore moins aptes à décider que les autres !

Il est temps d’en finir avec ce genre d’attitude. Il est temps de le dénoncer, systématiquement, sans réserve.

Dans des circonstances plus dramatiques, mais très similaire, c’est en exprimant fermement leurs exigences, leurs attentes, leurs convictions, que les patients séropositifs ou atteints de sida ont fait évoluer l’attitude des médecins à leur égard. Et ils n’étaient qu’une minorité. Les femmes, elles, représentent plus de 50 % de la population française. C’est un groupe de pression autrement plus puissant.

Les praticiens qui n’ont pas peur de leur ombre (il y en a beaucoup, mais ils sont souvent isolés et n’ont pas la parole) sont gratifiés par le fait que de nombreuses femmes leur font confiance en leur demandant une contraception qu’elles ont choisie, et leur permettent de les accompagner et de les soutenir dans ce choix. Cette confiance permet à tous les soignants dévoués d’accroître leur expérience. Et de mieux soigner encore. Créer un réseau de la contraception permettrait à ces professionnels de communiquer entre eux, et aux femmes de trouver des interlocuteurs/trices professionnel(le)s respectueux/ses de leurs demandes

La contraception a pour but d’améliorer la santé et la vie sexuelle, matérielle et économique des femmes. Face à cet objectif, le "confort" mental des médecins ne pèse pas lourd. Si je mets mon énergie et ce site au service du partage des connaissances, c’est pour donner aux femmes des arguments qui leur permettront d’exiger des médecins qu’ils fassent leur boulot.

J’affiche régulièrement une nouvelle série de questions et réponses, toutes très riches en enseignements et en expériences Lire la dernière liste de questions/réponses mise en ligne.

Merci à celles et à ceux qui me font la confiance de me les envoyer et me permettent de partager nos expériences avec toutes les personnes qui fréquentent ce site.

Martin W.

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