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Qui doit conduire sa vie ?
Cesser d’être diabétique
par Elsa G.
Article du 7 février 2004

Après avoir lu " Médecins sous influence ", mon article paru dans le numéro de janvier du Monde Diplomatique, Elsa m’a adressé ce texte.

J’ai 25 ans, je suis agregee d’anglais, normalienne (d’ailleurs, il y aurait beaucoup a dire sur le corps enseignant que constituent les normaliens, puisque la aussi il s’agit plus d’une aristocratie que d’un groupe d’individus devoues a servir les autres et a transmettre savoir et valeurs republicaines), et jusqu’a mes 21 ans, je vivais sur un petit nuage de succes, souvent inesperes.

Je venais de passer le concours de Normale, apres un an de khagne seulement, a Montpellier qui plus est, alors que les chances d’integrer etaient minces. Apres une premiere annee de vacances a Paris, je suis partie faire ma maitrise a l’universite de Berkeley, en Californie.

J’avais change de vie, de rhythme, et quand j’ai commence a maigrir, j’ai trouve ca normal. Je faisais plus de sport, je mangeais differemment, c’etait normal que je passe de 56 a 53 kilos pour 1,75m en 3 mois.

Puis les choses sont devenues plus etranges, mais tout aussi agreables. J’ai commence a manger plus. Un solide petit-dejeuner a l’americaine, puis des cookies de temps en temps, un dejeuner, des cookies, un diner, des cookies. Mais je ne grossissais pas.

Quand mes parents sont venus m’aider a ramener mes valises en France, a la fin de mon sejour, j’etais tombee a 49kg.

Ah oui.

Je buvais des litres et des litres (une meilleure elimination ?), et je n’avais plus mes regles depuis 6 mois.

Vous savez comment cette histoire finit : une fois rentree, analyses, une glycemie de 2,5g a jeun, 6g en post-prandial, et une hospitalisation immediate. Bref, un diabète sucré.

A Montpellier, on m’a explique que le diabete c’etait pour la vie, que je ne devrais plus faire de grasse matinee (j’avais 21 ans, je repete), que je ne mangerai plus de confiture, qu’il faudrait que je mange une quantite de glucides fixe a heure fixe.

J’ai dit oui, j’ai voulu accepter.

Je suis repartie a Paris pour passer l’agregation. J’etais obsedee par la nourriture. Je stressais le jour, ce qui me faisait augmenter mes doses d’insuline, et je faisais des hypoglycemies la nuit qui m’empechaient de dormir. Et puis il y avait celles que je faisais en cours, a midi, a l’heure ou je DEVAIS manger. Et les repas pris seule, parce que je ne pouvais pas attendre mes amis.

J’ai loupe l’agrégation. j’ai compris qu’il fallait que j’arrete d’etre diabetique, une diabetique. Je connaissais une amie americaine qui avait un diabete de type 1, comme moi, et qui mangeait ce qu’elle voulait parce qu’elle se faisait des injections d’insuline rapide a chaque repas/en-cas/...

Alors j’ai passe un ete a etre mon diabetologue et a adapter mon traitement. J’ai arrete d’etre patiente, en somme. A la rentree, j’avais des chiffres excellents (hemoglobine de 6.3), j’ai repasse l’agreg, je l’ai eu. Depuis je suis suivie par le Professeur Grimaldi a la Pitie.

A ma connaissance, c’est le seul service en France qui pratique l’insulinotherapie intensive. Visiblement, les diabetologues des autres services considerent qu’il est dangereux de donner du pouvoir aux patients en les laissant gerer leur maladie.

Voila, c’est une longue histoire, mais quand j’ai lu votre article, j’ai eu envie de vous la raconter. Je me souviens des visites du matin, lors de ma premiere hospitalisation, ou on regardait mes chiffres en jugeant mes 3g/l "interessants". J’ai eu l’impression d’etre un cas.

Non seulement les medecins ont tendance a oublier l’etre humain sous le patient (sous le passif ai-je envie de dire), mais en plus ils lui interdisent toute autonomie. A cela se rajoute une inegalite geographique. Tout le monde ne peut pas se faire soigner a la Pitie.

Merci pour votre article. Je n’avais jamais reflechi aux etudes de medecine sous cet angle. Je devais etre trop naive, a penser les raisons qui poussent quelqu’un a choisir un metier sont en rapport avec l’esprit de cette profession.Pourtant, j’en connais des etudiants en medecine. Et je faisais confiance au systeme. Je pensais que si une formation etait difficile, cela decourageait ceux qui n’etaient pas fait pour elle. Le probleme, c’est que les formations sont souvent sans rapport avec les metiers auxquels elles preparent. Pourtant, je sais ce qu’on enseigne a Normale et ce qu’il faut faire pour avoir l’agregation. Une chose est sure, dans les deux cas, la pedagogie entre peu en ligne de compte.

Elsa G., im-patiente


D’autres réactions sur le site du Monde Diplomatique et dans la rubrique Contraceptions

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