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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

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Le Monde Diplomatique, janvier 2004
Débat : Médecins sous influence
par Martin Winckler
Article du 9 février 2004

Le Monde Diplomatique m’a confié la rédaction d’un article sur les formation des médecins en France. En voici le début.

D’où proviennent les disparités de la densité médicale, sinon du privilège exorbitant qu’ont les médecins de choisir leur spécialité et leur lieu d’exercice en fonction de leurs seuls désirs et au mépris des besoins de ceux qu’ils soignent ? Pourquoi laisse-t-on le fossé se creuser entre les régions surmédicalisées (Ile-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur) et les autres ? Pourquoi continue-t-on à former et à rémunérer au rabais les généralistes et à favoriser des spécialistes moins utiles et plus coûteux en prescriptions ?

Même si les professionnels répugnent à le reconnaître, la réponse est simple : former des médecins, c’est former une aristocratie.

En 1968, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’inégalité face aux études médicales et pousser les facultés à s’ouvrir. Mais, au tout début des années 1970, le numerus clausus a réinstauré une sélection sociale déguisée, véhiculée par les matières « fondamentales » (mathématiques, physique, chimie). Le corps médical tenait à rester un corps d’élite.

Le concours de première année est le reflet cruel de cette idéologie. Plutôt que d’organiser un examen d’entrée juste après le bac, comme pour d’autres écoles supérieures, on force des milliers de jeunes gens à s’entasser dans les amphithéâtres pour s’échiner à ingérer des matières sans rapport avec le soin physique, chimie, statistiques ou très éloignées de la pratique. Les candidats recalés (80 %) sont brisés par ces deux années de lutte qui ne leur ont épargné aucune humiliation. Les reçus ne sont pas moins ébranlés : on leur a appris, de fait, à considérer leurs condisciples comme des ennemis et non comme des camarades avec qui ils soigneront. Et, une fois passé le barrage du concours, on les exhorte à remettre ça pour préparer un second concours, l’internat, depuis longtemps destiné à créer une élite à l’intérieur de l’élite.

Une véritable réforme de l’enseignement viserait à donner à tous les étudiants une formation solide, qui s’appuie sur une évaluation des connaissances libérée de tout bachotage. Au lieu de quoi, la sélection se poursuit. Mais comment un processus aussi aliénant pourrait-il produire des praticiens investis d’une vision collective, solidaire et responsable du soin ?

Lire la suite sur le site du Monde Diplomatique

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