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Evra

Patch Contraceptif
- Taille de DIU et taille de l’utérus (Contraception : Questions/Réponses 82)
- Est-ce que toutes les femmes sont de mauvaise humeur quand elles ont leurs règles ? (Contraception : Questions/Réponses 75)
- Quand arrêter la pilule prise en continu pour avoir des règles ? (Contraception : Questions / Réponses 51)

Contraception et gynécologie > Pilule, patch et anneau vaginal >


Patch contraceptif : quel intérêt ?
Article du 19 janvier 2013

Le patch contraceptif " Evra " a été commercialisé en France en 2004. J’en avais décrit les caractéristiques, telles qu’elles étaient connues à l’époque dans les pays où il était commercialisé (les Etats-Unis, quelques pays d’Europe) dans Contraceptions mode d’emploi, édition 2003. En 2004 La revue Prescrire, revue indépendante sur le médicament et destinée aux professionnels du soin, lui consacre cinq pages, en concluant qu’il " n’apporte rien de nouveau ".

L’article qui suit tire de ces notions les conclusions pratiques pour les utilisatrices.


Lire l’article consacré à l’anneau vaginal

Note importante du 19 janvier 2013
Sur le plan de la sécurité en particulier, le patch est une forme similaire aux pilules de 3e et 4e génération dont on a beaucoup parlé fin 2012 et début 2013. Avec les mêmes risques s’il est pris comme une première contraception par une femme jeune.


Voici le texte consacré au patch et publié dans Contraceptions mode d’emploi, édition 2003 :

" L’administration d’estrogènes ou de progestatifs à travers la peau (voie " transdermique ") est couramment employée, depuis de nombreuses années, pour traiter les maladies bénignes des seins (Progestogel) ou pour le traitement substitutif de la ménopause (estrogènes en gel ou sous forme de timbres). Il était donc logique de chercher à mettre au point une association d’estrogènes et de progestatifs qui ait une efficacité contraceptive.

L’avantage de cette voie est évident :

1° l’administration transdermique est indépendante de la digestion, ce qui permet d’éviter les échecs de pilule en cas de maladie faisant vomir ou empêchant de boire et manger (gastro-entérite) ; cela permet aussi d’administrer des doses d’hormones moins importantes, car les hormones ne sont pas en grande partie détruites au passage par le foie, comme c’est le cas de celles qui sont prises en comprimés ;

2° l’administration transdermique peut être prolongée pendant plusieurs jours, ce qui libère de la contrainte du comprimé quotidien.

Un timbre autocollant (ou " patch ") contenant un estrogène et un progestatif, efficace pendant une semaine a été commercialisé aux États-Unis sous le nom de Ortho-Evra en 2001 [en France, il se nomme " Evra ", tout simplement]

Comment agit-t-il ?

Comme une pilule combinée : il délivre une association estro-progestative dans le sang, qui bloque l’ovulation. Le patch actuellement disponible aux États-Unis délivre des doses d’hormones comparables à celles des pilules combinées Cilest et Effiprev car il contient des composants similaires.

Comment l’utilise-t-on ?

Le patch est collé sur la peau bien et sèche et changé au bout d’une semaine (au maximum : 9 jours). La quatrième semaine, la femme ne met pas de patch et ses règles apparaissent. Le patch peut être collé soit sur l’épaule, soit dans le dos, soit sur le ventre, soit à la partie supérieure de la fesse. Il ne doit jamais être collé près d’un sein. Quand la femme change de patch, elle doit coller le patch suivant à un autre endroit, de manière à ne pas entraîner d’irritation de la peau.

Quand peut-on commencer une contraception par patch ?

Comme une pilule : le 1er jour des règles. Si on le commence plus tard, il faut utiliser des préservatifs pendant les 7 premiers jours. Si on l’utilise en relais d’une autre contraception, on peut le commencer n’importe quand et interrompre l’autre contraception (pilule combinée, par exemple) ensuite.

Est-ce qu’on peut se baigner et prendre une douche ?
Oui, bien sûr : le patch est conçu pour cela (comme le sont ceux du traitement substitutif de la ménopause). Il n’est pas " indécollable ", bien sûr, mais il résiste à l’eau. L’utilisation de crèmes (solaires, en particulier), en revanche, favorise le décollement du patch. Si jamais il se décolle, il suffit de le remplacer dès que possible par un autre patch.

Quels sont les effets secondaires ?

Les mêmes que ceux d’une pilule combinée, puisque les hormones contenues dans le patch sont celles que contiennent les pilules combinées Cilest et Effiprev. On peut penser qu’en raison du passage transdermique et de la plus faible dose contenue dans le patch, certains effets seraient moins marqués, mais cela dépend probablement plus de la sensibilité de l’utilisatrice que du patch lui-même. Deux effets secondaires spécifiques ont été observés avec le patch :
- des saignements intermittents ou " spotting " un peu plus fréquents que sous pilule pendant les deux premiers mois de traitement (ils ont disparu ensuite).
- des décollements partiels ou totaux pour 5% des timbres utilisés.

Qui peut l’utiliser ?

A priori, toutes les femmes qui utilisent déjà une pilule combinée et qui s’en en sont satisfaites, mais qui trouvent la prise quotidienne fastidieuse, mais aussi
- les femmes qui l’oublient régulièrement ou sont susceptibles de l’oublier
- les adolescentes qui veulent utiliser une contraception discrète et sans contrainte (porter un patch est plus discret que prendre un comprimé chaque jours, surtout si les parents ne sont pas au courant) ; comme le dosage est équivalent à celui des pilules à 35 µg d’éthinyl-estradiol, on peut penser qu’il est suffisant pour bloquer l’ovulation même chez les très jeunes femmes.

Qui ne peut pas l’utiliser ?

Les femmes qui ne peuvent pas prendre une pilule combinée, et en particulier celles qui ont un antécédent familial ou personnel de phlébite (caillot dans une veine) ou d’embolie pulmonaire (caillot dans une artère pulmonaire) ; les fumeuses de plus de 35 ans et les femmes qui ont fumé pendant plus de 15 années consécutives.

Quels sont les limites et inconvénients de cette méthode ?

A première vue, un patch n’a que des avantages par rapport à une pilule combinée, mais quand on se trouve devant un médicament nouveau, soit par sa forme, soit par sa composition, il faut parfois deux ou trois années avant de bien connaître les inconvénients et/ou incidents qui n’ont pas été prévus lors des expérimentations par le fabriquant, et qui ne peuvent apparaître qu’à l’usage.

Le jour venu, je recommande aux utilisatrices qui sont satisfaites de leur contraception de ne pas se précipiter sur le patch, sauf si elles ont de bonnes raisons de le faire (oublis fréquents de pilule, par exemple, ou refus de se tourner vers une méthode permanente comme un implant ou un DIU). Rappelez-vous que les effets secondaires seront les mêmes que ceux d’une pilule combinée. Seul le mode d’utilisation changera... "


Les remarques de La revue Prescrire (N° 246, janvier 2004).

La Revue Prescrire est, depuis plus de 20 ans, la publication de référence en matière de médicament. Elle est auto-financée, totalement indépendante de l’industrie et des structures ministérielles, et correspondante active d’un réseau international de bulletins indépendants consacrés aux médicaments.

Au sujet du patch contraceptif, la position de Prescrire, fondée sur l’étude des dossiers scientifiques disponibles (autrement dit : les résultats des essais sur des volontaires effectués par le fabriquant) peut se résumer de la manière suivante :
- l’efficacité du patch est similaire à celle des pilules contraceptives ;
- ses effets secondaires (tension des seins, allongement des règles) semblent un peu plus nombreux ; ceux qui ont entraîné le plus souvent l’arrêt de l’utilisation du patch lors des essais sont : une irritation de la peau (2%), des douleurs des seins, des nausées, des maux de tête ;
- sa sécurité d’emploi n’est pas bien définie : l’une des hormones de synthèse présentes dans le patch est commercialisée dans plusieurs pilules contraceptives récentes (Cilest, Effiprev, Tricilest, Triafemi) depuis un petit nombre d’années seulement ; comme pour ces pilules, on manque de recul pour affirmer que l’utilisation au long cours n’expose pas à des effets secondaires de fréquence encore inconnue ;
- pendant les études, environ 5% des patchs ont été remplacés parce qu’ils s’étaient décollés totalement ou en partie.

La revue Prescrire fait par ailleurs remarquer que le patch Evra coûte 15 Euros (non remboursés) par mois, contre moins de 3 Euros pour Ludéal Gé (le générique de Minidril) ou Daily Gé (le générique de Trinordiol), deux des pilules les plus souvent utilisées en France, et toutes deux remboursées ! 5 Euros le timbre (3 par mois) c’est très cher...


Conclusion pratique

Le patch contraceptif Evra est une méthode contraceptive de plus, dont l’efficacité est théoriquement équivalente à celle d’une pilule. Son principal avantage (le plus grand confort apporté par un patch hebdomadaire que par la prise quotidienne d’un comprimé) est indiscutable, mais plusieurs inconvénients notables en limitent la portée pour les utilisatrices :
- sa sécurité d’emploi n’est pas établie en raison du manque de recul sur l’un de ses composants ;
- il ne conviendra pas à toutes les femmes et certaines présenteront des effets secondaires désagréables (maux de tête, tension des seins, allongement des règles) ;
- il est très coûteux et non remboursé.

A qui peut-il convenir ?
- éventuellement à des femmes qui prennent déjà une pilule contenant les mêmes hormones (Cilest, Effiprev, Tricilest, Triafemi) et les tolèrent bien, mais qui veulent se simplifier la vie en n’ayant plus à prendre un comprimé chaque jour, ou dont la prise est compliquée par des horaires irréguliers ou un travail de nuit ;
- à des femmes qui ont les moyens de dépenser 15 à 18 Euros par mois pour leur contraception (toutes les pharmacies ne pratiquent pas les mêmes prix...)

Mais en termes de confort, de sécurité d’emploi et d’efficacité au long cours, DIU (au cuivre ou hormonal) et implant contraceptif restent les meilleures méthodes contraceptives disponibles.
En comparaison de ces deux méthodes de référence, le patch n’a pas grand intérêt.

Martin Winckler


Note importante du 19 janvier 2013
Sur le plan de la sécurité en particulier, le patch est une forme similaire aux pilules de 3e et 4e génération dont on a beaucoup parlé fin 2012 et début 2013. Avec les mêmes risques s’il est pris comme une première contraception par une femme jeune.

A propos des risques cardio vasculaires des contraceptions de 3e génération, LIRE CECI

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