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Témoignage à chaud
L’incohérence des études de médecine
par Maude B.
Article du 8 janvier 2004

Maude, ancienne étudiante en médecine et aujourd’hui infirmière a écrit à la rédaction du Monde Diplomatique après la lecture de mon article " Médecins sous influence ", paru dans le numéro de janvier. Lire un extrait de cet article
Elle m’a amicalement autorisé à reproduire des extraits de sa lettre dans le Webzine.


(...)

J’ai moi-même suspendu mes études de médecine en 5ème année, en mars dernier parce que je n’arrivais pas à me retrouver dans cette formation. Je ne supportais plus d’apprendre et de m’exercer à appliquer une démarche exclusivement intellectuelle de diagnostic, d’enquête séméiologique, en ayant le sentiment de ne pas agir concrètement et globalement pour le (la) patient(e). Je ne pouvais pas satisfaire mon envie d’aider, de soutenir, de soigner (et non pas trouver la cause, les conséquences et le traitement d’une maladie) et d’essayer de changer (ne serait-ce que furtivement) un petit instant de vie.

Merci d’avoir décrit l’absurdité des premières années d’études au regard de la profession visée. Ce fameux concours de fin de première année, basé sur des matières abstraites qui, pour la majorité ne serviront plus jamais par la suite aux médecins (à part pour [ceux] qui se tourneront vers des spécialités comme la recherche ). Cette compétition entre tous les prétendants futurs médecins est d’ailleurs souvent stimulée par les professeurs. Je me souviens très bien du discours de bienvenue fait par le Doyen de ma faculté devant 600 frais bacheliers crédules et qui, pour nous donner du coeur à l’ouvrage et nous annoncer que l’année à venir allait être exceptionnelle, disait : " Ce n’est pas aujourd’hui qu’il faut commencer à travailler, c’était hier ".

Comment s’étonner, après cela d’assister, une heure avant le début des cours le matin devant les portes des amphis, à des bousculades d’une violence impressionnante (lors de mon premier semestre, il y a eut une épaule luxée et un nez cassé pendant ces ruées matinales) pour arriver le premier dans la salle de cours et occuper les premières rangées ?

Mais, une fois ce premier concours passé, la tension est toujours là pour les années de formation à apprendre par coeur tous les signes, causes, conséquences et médicaments utilisés dans les maladies de toutes les spécialités médicales avant d’arriver au deuxième concours (l’internat) devenu obligatoire récemment et qui fait monter la fièvre paranoïaque de la compétition au niveau national.

J’ai conscience d’avoir eu accès à des merveilles de connaissances, fruit de siècles de recherche et de pratique, mais ces richesses, apprises bêtement pour les examens, me semblent bien menacées si on les manipule sans autres traces d’humanité comme la sensibilité, l’interprétation, l’anticipation de l’autre et la spontanéité relationnelle (qui, dans notre société est faussée dès le début de la rencontre médecin/patient par les 2 petites lettres - " Dr " qui précède le nom du médecin.)

Le numerus clausus instauré dans les années 70 et qui se voulait un mode de sélection équitable, s’est transformé en mode de sélection financier, aujourd’hui une rare minorité d’étudiants obtient une des chères places en deuxième année sans passer par des cours privés (au prix élevé pour certaines familles), parallèlement à leur inscription en faculté.

Enfin, pour apporter un dernier élément à ce sujet, je voulais signaler qu’au sein des promotions, aucun débat ni réunion (improvisée ou stimulé par les enseignants ) n’a lieu sur des thèmes et des problèmes fondamentaux de la vie et rencontrés quotidiennement par les médecins comme : la mort, la maladie, les relations humaines. Au lieu de cela, dans le milieu étudiant, la dérision et l’humour avec parfois des rituels assez douteux (qui je le concède peuvent être un moyen de protection face à ces difficultés) sont les expressions de la plupart des étudiants.

J’ai, pour ma part eu la chance d’assister à une réunion Balint, j’ai beaucoup apprécié et j’espère pouvoir intégrer un groupe régulièrement. (Note de MW : Si vous désirez en savoir plus sur la formation Balint, Visitez le site de la Société Médicale Balint Belge ou Lisez le témoignage d’une étudiante en médecine)

Pour l’instant, je travaille comme remplaçante infirmière (équivalence acquise grâce à mes 4 années de médecine) et je vais essayer de valider mon DE. J’ai trouvé, dans cette profession, de nombreuses choses que je cherchais désespérément en médecine, de la proximité, de la relation vraie avec les patients, du soin concret et visible... bref, une profession qui soigne à échelle humaine.

Merci de dénoncer l’incohérence des études de médecine au regard de l’objectif réel de la profession... Peut-être seront-elles un jour réformées suite à des prises de conscience et à un changement de statut du médecin dans les esprits français et se rapprocheront-elles plus de l’humain globalement, ce qui je pense permettrait de résoudre plusieurs problèmes — y compris certains ennuis financiers rencontrés par notre système de santé...

Maude B.

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