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J’ai fait une fausse couche, deux fois de suite. Est-ce que c’est grave ?
par Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)
Article du 12 février 2013

Une lectrice m’écrit :

"Je me permet de vous écrire vis à vis de la compliquée question des fausses
couches. Non pas pour vous demander des informations, ou une quelconque
réponse, mais pour vous suggérer d’écrire, sur votre site de grande
qualité, un article sur ce sujet. J’en ai en effet moi meme vécu 2, et ai
été choquée par les réactions des soignants, que ce soit les urgentistes,
les spécialistes, internes ou ma généraliste. Entre froideur et
apitoiement, mépris et incompétence, je me suis retrouvée face à mes
questions. Mon compagnon et moi meme n’avons eu d’autre solution qu’aller
voir sur les forums, ou on trouve, on le sait, une qualité d’informations
fluctuante.
J’ai cru comprendre qu’une grossesse sur 4 se terminait par une fausse
couche, mais difficile, quand on le vit, de ne pas culpabiliser ou etre
culpabilisé(e). Un petit article pourrait aider les couples ou
femmes seules qui vivent ce genre de situation en leur fournissant quelques
informations de qualité."

Elle a parfaitement raison. Alors, ce petit article, le voici.

Les fausses couches (ou "avortements spontanés") qui surviennent avant la fin du 3e mois sont le plus souvent liés à la non-viabilité de l’embryon. (Jusqu’à 3 mois, c’est un embryon ; c’est après la 12e semaine qu’on parle de fœtus, car tous les organes sont formés). L’absence de viabilité de l’embryon est dans l’immense majorité des cas d’origine génétique.

Ce qu’il faut se rappeler c’est que pour le corps maternel, l’embryon est un corps étranger. Le corps maternel ne tolère sa présence pendant 9 mois que si le patrimoine génétique de l’embryon est compatible, d’un point de vue immunologique, avec le sien. S’il ne l’est pas, il l’élimine. Si le bagage génétique de l’embryon est incompatible avec un développement harmonieux, l’organisme maternel l’élimine également. Autrement dit, une fausse couche précoce (au premier trimestre) est le phénomène naturel par lequel s’élimine un embryon qui ne se développe pas normalement.

Lorsque les femmes ne prennent jamais de contraception, beaucoup alternent grossesses à terme et fausses couches précoces. Pourquoi ? Parce que la formation d’un embryon est le résultat d’un tirage au sort des chromosomes de la mère et du père biologique. L’assemblage qui en résulte n’est pas toujours viable. Le hasard est tel qu’il peut être viable à chaque fois… ou non viable à plusieurs "tirages au sort" d’affilée.

Aujourd’hui, les médecins les plus rigoureux considèrent qu’une fausse couche précoce n’a pas, en soi, de caractère inquiétant. Chez les femmes sans contraception, c’est même un phénomène fréquent. Interrogez les femmes de la génération précédente, qui n’avaient accès ni à la contraception ni à l’IVG. Beaucoup, quand elles étaient enceintes à un moment où elles s’en seraient bien passé, se disaient "Ah, avec un peu de chance, je ferai une fausse couche…" – ou tentaient de la provoquer en sautant à la corde… avant de passer à des méthodes plus radicales.

Mais dans le monde d’aujourd’hui, un nombre de plus en plus grand de femmes décident d’être enceintes et suspendent leur contraception pour l’être. Mais personne ne leur dit que la grossesse qui s’ensuivra peut ne pas être viable, et se solder par une fausse couche spontanée. Car, encore une fois, elles ne contrôlent pas la qualité de l’embryon – laquelle est fonction du hasard.

La survenue d’une fausse couche spontanée alors qu’on a le désir d’être enceinte est évidemment très triste, très angoissante et, pour peu que l’histoire personnelle de la femme soit compliquée, elle peut être vécue comme une punition. (En particulier si la femme décide d’être enceinte après 30 ou 35 ans pour la première fois, ou si elle a subi une IVG par le passé.)

Pour peu que l’entourage ait pris l’habitude de la tanner avec le fait qu’elle n’a pas "encore" d’enfant, la fausse couche prend une dimension morale et émotionnelle très importante.

En réalité, faire une, voire deux fausses couches spontanées l’une après l’autre n’a rien à voir avec une "faute" quelconque de la femme, ni dans le présent, ni dans le passé. Les antécédents d’IVG médicalisée n’ont pas d’impact sur la fécondité ultérieure. Et, quoiqu’en disent certains lacaniens purs et durs, vous ne choisissez pas d’éliminer une grossesse par la pensée. Si semblable chose était possible, on n’aurait besoin ni de contraception, ni d’IVG.

On considère qu’il y a possiblement un problème lorsqu’une femme fait trois fausses couches spontanées d’affilée. Un certain nombre femmes nées avant 1977 et ayant été exposées in utéro au Distilbène administré à leur mère pendant leur gestation (elles se qualifient elles-mêmes de "filles Distilbène") sont dans ce cas. Mais cette circonstance est rare.

Et, encore une fois, l’immense majorité des fausses couches n’ont pas de signification négative. C’est un phénomène aussi physiologique que le fait (heureux) de ne pas être enceinte tous les mois lorsqu’on ne prend pas de contraception : toutes les ovulations ne sont pas suivies d’une fécondation, et tous les cycles ne sont pas fertiles. Ça ne veut pas dire qu’on est stérile, ou qu’on est porteuse d’une anomalie.

Traditionnellement, dans de nombreuses cultures, on n’annonce pas une grossesse avant le 3e mois. Devinez pourquoi ? Parce que la probabilité (fréquente) d’une fausse couche avant la fin du premier trimestre est connue depuis très longtemps. Bien avant l’avènement de l’échographie et des discours médicaux culpabilisants… Et le bon sens populaire dictait de patienter avant de se réjouir. C’était sain, et réaliste.

Voilà, à présent, vous êtes armées. Ne laissez personne vous inquiéter outre mesure parce que vous avez subi une fausse couche. Ça fait partie des choses de la vie… et des aléas de la reproduction.

Martin Winckler (Dr Marc Zaffran).

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