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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

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Les médecins, les patients, et tout ce qui s’ensuit... > Le médecin patraque >

Le médecin patraque, 8
« C’est une maladie, vous êtes médecin, vous ne pouvez pas comprendre ».
Un médecin raconte son cancer...
Article du 18 janvier 2011

Le médecin patraque est un médecin écrivain de grande expérience. Sa dernière expérience en date : un cancer. Il nous en parle à tous, médecins et non-médecins. MW
PS : Oui, c’est un médecin réel (et non, ce n’est pas moi) Son pseudonyme est destiné à lui permettre de prendre du champ.


S’il y a bien quelque chose qui me dépasse, c’est mon comportement en tant que médecin vis-à-vis de mon cancer ; incapable de l’analyser, je ne peux que le décrire.

Ce n’est ni le comportement du médecin qui cherche à accumuler le plus de données objectives sur sa maladie, ni celui du malade qui préfère ne rien savoir et faire confiance à ceux qui le soignent, ni quelque chose entre les deux : c’est les deux à la fois.

En consultation, je pose beaucoup de questions, notamment sur le pronostic ; je cherche à comprendre un maximum de choses ; je retiens à peu près tout ce qu’on me dit, bien que ce soit totalement nouveau pour moi : sur la classification des cancers, sur les données statistiques, , sur les études randomisées (j’ai d’ailleurs accepté de participer à deux d’entre elles, sur l’intérêt du PET-scan et sur celui des marqueurs biologiques), sur le temps que mettront mes troubles iatrogènes à s’atténuer, etc.

Mais, une fois chez moi, je ne fais jamais la moindre recherche pour vérifier ou compléter ce qu’on m’a dit ; je n’ai pas tapé une seule fois « cancer du colon » sur Internet, je n’ai cherché aucun article ni aucun livre sur la question, je ne me suis même pas prescrit une NFS pour savoir à quel rythme elle se normalisait (importantes anémie et baisse des plaquettes dues à la chimio)en dehors des dates de mes examens biologiques programmées dans l’établissement où je suis soigné.

Plus étonnant encore : alors que le « gros morceau » de mon traitement (sinon le plus pénible, que je savais devoir être la chimiothérapie) était l’intervention chirurgicale, qui a duré plus de 4 heures, je l’ai vécue comme une petite formalité, aussi bien avant qu’après ; et, pourtant, avant de partir à l’hôpital, j’avais mis, comme on dit « de l ‘ordre dans mes papiers » (non, non, pas de compte en Suisse, hélas !).

Ce n’est pas la méthode Coué ni la « peur de savoir », puisque je pose beaucoup de questions aux médecins, et qui ne sont pas celles que pose le patient non-médecin (un de mes amis s’étant retrouvé en réa de cardio pour angor spastique après une séance de chimio, j’ai demandé s’il ne serait pas prudent de prendre un inhibiteur calcique à titre préventif : le cancérologue m’ayant répondu que c’était inutile, car il n’en voyait pas plus d’ un cas par an, j’ai trouvé sa réponse convaincante) ; ce n’est pas le fait de savoir qu’on ne devient pas cancérologue en quelques clics de souris, et qu’on peut glaner des renseignements faux ou dépassés sur Internet, car je me sens tout de même capable de comprendre certaines choses ; ce n’est pas une confiance « aveugle » dans les médecins qui me soignent, dont je suis incapable de juger la compétence et qu’il m’est arrivé d’entendre parfois des renseignements contradictoires (je me suis renseigné une fois pour toutes au départ, pour choisir le service où j’irais me faire soigner, et j’en suis resté là : et jamais l’idée ne m’est venue d’aller me faire suivre ailleurs) ; ce n’est pas la qualité du « contact humain », auquel je suis très peu sensible (et dont je me méfie même un peu, car j’ai toujours peur qu’il ne serve à remplacer la compétence) : le cancérologue est assez distant et a une forme d’humour ironique qui doit en rebuter plus d’un (les cancérologues doivent probablement se protéger de l’empathie plus que d’autres médecins), mais j’apprécie la concision précise de ses propos.

Et j’ai découvert que je n’étais pas le seul dans ce cas : mon amie chef de service de gynéco-obstétrique atteinte d’un cancer du poumon m’ayant donné un pronostic chiffré sur son espérance de vie dont la brièveté m’a surpris, j’ai fait des recherches sur Internet, et, ayant trouvé des chiffres moins pessimistes, je les lui ai envoyés en lui demandant quelles étaient ses sources : elle m’a répondu que c’était le souvenir qu’elle avait gardé de ses études, mais qu’elle n’avait fait aucune recherche ; et ce ne pouvait être par peur, parce qu’elle aurait difficilement pu trouver pire.

Alors, c’est quoi, ce besoin de savoir et de comprendre des médecins malades , mais qu’ils ne poussent pas aussi loin qu’ils le pourraient ?

Peut-être, finalement, un compromis entre la nécessité d’avoir quelques repères précis pour savoir sérieusement où on en est et vers quoi on va, et la conscience que la médecine n’est pas une science exacte, que beaucoup d’études parviennent à des conclusions contradictoires, que trop d’informations tuent l’information et risquent de semer plus de doutes que je ne pourrais en supporter ? Un compromis entre le « doute raisonnable » et l’ « imbécile heureux » (enfin : relativement heureux, il y a mieux) ?

"Le médecin patraque"

Lire le 9e épisode

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