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Juste après dresseuse d’ours - par Jaddo

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Chroniques carabines, 13
L’ennui guette
par Scarabée
Article du 2 décembre 2010

Mes premiers souvenirs d’enfance sont des souvenirs d’ennui. Du plus profond de ma mémoire, dès mes 3 ou 4 ans, peut-être même avant, je me suis fait suer à n’en plus pouvoir. A la maternelle, on nous obligeait à faire la sieste dans un grand dortoir dont le plafond était recouvert de dalles de polystyrène carrées. Aucun moyen d’y déroger, tout le monde devait dormir. Mais moi, je gardais les yeux grands ouverts, incapable de dormir en journée. Alors je comptais les dalles du plafond, inlassablement. J’éprouvais déjà ce sentiment de panique devant la vacuité des activités que l’on me proposait.

J’étais une véritable télévore, plus par dépit que par véritable intérêt. Tout y passait : la politique, les émissions de variété, les jeux olympiques,les dessins animés ; mais je n’étais pas dupe. Je me rappelle très bien la lassitude qui s’emparait de moi devant Candy, que je ne pouvais pourtant m’empêcher de regarder, faute de mieux. "Oh non, encore..." pensais-je dès les premières notes du générique. Mais je restais plantée là, dans mon petit fauteuil.

Je ne savais pas non plus jouer. J’ai toujours cruellement manqué de cette capacité à se perdre dans une activité quelle qu’elle soit, à s’absorber dans un monde imaginaire ; j’ai toujours eu l’impression de "me regarder" faire les choses. Et cet autre moi, tapi derrière mon épaule, me glissait toujours : "A quoi bon ?", ce qui me faisait rapidement lâcher le déguisement, la poupée ou les petits chevaux pour revenir devant la télé, désoeuvrée et insatisfaite.

Jusqu’à ce que j’aie appris à lire, j’ai tanné ma mère pour qu’elle me raconte des histoires. Elles en inventait spécialement à cet effet, me lisait tous les livres disponibles à la maison, mimait, animait mon théâtre de marionnettes. Lorsqu’elle travaillait, je passais et repassais sur mon magnétophone Fisherprice les cassettes de contes dont j’apprenais le texte par coeur à force d’écoutes. A trois ans, je parlais comme dans les livres, ce qui me rendait peu intelligible pour les autres enfants et n’a pas du aider à ma socialisation. Une crapule haute comme trois pommes qui utilise "désormais" dans le langage courant, ça vous glace un peu le sang, je suppose.

Après un voyage en camping-car éprouvant, lors duquel ma mère fut forcée de rester avec moi à l’arrière pour me distraire tout en luttant contre ses nausées, il fut décidé qu’on m’apprendrait à lire, ne serait-ce que pour avoir la paix. Ce fut une délivrance, et pour elle et pour moi. Les dix années suivantes, je les passai en grande partie un livre à la main. Je n’entendais plus ni ne voyais plus rien, je m’isolais du monde et c’était merveilleux de trouver enfin une diversion à cette abominable ennui de vivre. A la récréation, pendant que les autres enfants jouaient, je lisais assise sur un banc. Je n’avais pas d’amis, et la lecture compensait cette solitude. Le compromis dans lequel je vivais alors n’était pas des meilleurs, mais faute de grives...

Et puis un jour, j’ai découvert l’amour. Tout le monde a-t-il un jour connu cet emportement, cette ivresse, cette sensation de brûler en dedans que j’ai connue si jeune ? Je ne sais pas pour les autres ; mais en ce qui me concerne, c’est un moteur, une raison de vivre. Je regarde mon homme et je me noie, je plonge les mains dans ses cheveux, je l’embrasse et je meurs de plaisir. C’est une drogue, dangereuse et chère, dont je ne puis me passer.

A côté de cela, rien n’a plus jamais fait le poids, qu’il s’agisse de la peinture, de l’écriture ou de la musique, ni même de la médecine. Ce sont de merveilleux passe-temps bien sûr, qui m’occupent et me distraient beaucoup ; mais je ne trouve de l’intérêt à vivre ma vie que lorsque je suis en relation avec quelqu’un d’autre. Mon « moi » seul ne suffit pas et ne suffira sans doute jamais. La lecture m’évade un temps, mais plus aussi longtemps, hélas, que lorsque j’étais petite. Je me fais chier, c’est consternant. Ces temps-ci, on se dérobe à moi, et ma frustration décuple mon ennui. Que faire ? Je ne sais pas. J’aimerais passer mes journées au bloc, malheureusement il y a les partiels à bosser. J’arrive pas à bosser, je pourrais peindre mais...à quoi bon, dit la voix. Ecrire ? Bof. Ecouter, composer ? C’est presque aussi bon qu’ aimer, mais ça fait chialer, c’est pas pratique. Chanter, oui, comme un succédané de passion, mais cela reste bien pâle en comparaison... Aujourd’hui pourtant, j’ai une vie sociale honorable ; mais dès que les amis me quittent, dès que je me retrouve seule, je flippe, je suis désoeuvrée, je n’ai plus de plaisir à faire les choses. La raison en est simple : je suis en manque d’amour, de complicité, d’abandon, (de sexe), et ce carburant-là, j’en ai besoin pour continuer à avancer. Alors en attendant de me faire aimer, je m’occupe comme je peux, , et je me sens redevenir la petite fille solitaire qui s’ennuyait devant la télé.

Pour écrire à Scarabée

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